Art Culture Société

La planète micro, macro. Les intérêts ciblés, Caraïbes, Amériques, Europe, de temps à autres, le monde, dans la mesure ou l'intérêt des lecteurs s'y attardent. Écrivez-nous! Vos commentaires sur eChasimbi.blogspot.com

Nombre total de pages vues

dimanche, octobre 29, 2006

Poésie Québec Haïti François Miville(eChasimbi)

François Miville, est un adepte du cercle des poètes qui se rencontrent les Vendredi au Café La Brulerie. Hommage à cet ardent chevalier de la poésie, nous bloguerons ses poèmes régulièrement.

1
Pour fuir le pauvre Canada,
Il n'est Floride trop affreuse :
J'en sais qui jusqu'à Fort Ouiddah
Ont pataugé dans l'eau fangeuse.

Ma barque vague et voyageuse
Qui vogue au but sans se hâter,
Ma tête ogive si chercheuse
Que je sens pleine à éclater.
2
Ton signe qui me fait monter,
La chambre au cent-unième étage,
L'espoir que j'ai de bien sauter
Un soir sur Manhattan en rage.

Noire Erzulie, entends l'orage
Qui luit dans mes yeux de merlan!
Permets qu'en vers du moyen-âge
Je te dépose mon bilan.
3
Je ne sais plus faire de plan.
François Villon est mon modèle.
Si tu veux, brise mon élan:
Je te serai toujours fidèle.

Je veux monter en ta nacelle:
Je suis tanné de mon bazou.
Je veux jeter une étincelle
Dans l'atmosphère de grisou.
4
Laisse jouer pour mon gazou
Un concerto démagogique.
Fais que le feu de ton bisou
Éclate en champignon magique!

Souffle un nuage analgésique
Au plus profond de mes poumons!
Fais-moi danser sur la musique
Qui mette en fuite les démons.

5
Mets en déroute les limons
Qui font obstacle à l'onde fière!
Plante de nobles aramons
Sur les décombres de la bière.

Viens me tirer de cette ornière
Où pleut à seaux le café noir!
Je veux poursuivre ma carrière
Dans un missile du grand soir.
6
Décolle-moi de mon perchoir!
Évite-moi la route large,
Car l'adversaire pourrait voir
Si j'écris trop hors de la marge.

Ne permets plus que je m'enfarge
Dans les panneaux des carrefours
Quand, comme un orignal, je charge
À l'appel rauque des amours.
7
Fais que mon cœur compte à rebours
Les barres d'une Marseillaise
À rassembler tous les tambours
En une seule bouille à baise.

Orne à jamais de fleurs de fraise
La trace de tous mes timons,
Et je saurai choisir le treize
À la roulette des Mammon.
8
Vois se débattre les saumons
Dans les bouillons de la rivière!
Sous le brouillage des sermons,
Perçois le fil de ma prière.

Viens assister à ma première
Fais des éclairs au magnésium!
Laisse le vent de la lumière
Me pousser jusqu'au millénium.
9
Ne laisse pas au plutonium
La floraison de nos folies!
Les feux pétants du géranium
Font des terreurs bien plus jolies.

Cahier de chant que tu relies,
Je veux ton numéro spécial.
Fleur des champs que tu exfolies
J'attends après ton cri nuptial!
10
Interromps donc le commercial
Fais museler la bière blonde!
Écris en caractère oncial
Ceci en testament au monde

Sens le trottoir qui déjà gronde
Et mon ogive en toi monter.
C'est dur d'attendre la seconde,
Mais rien ne sert de trop hâter.
11
À voir les têtes tant sauter
Du haut des tours de la finance,
J'en viens parfois à regretter
D'avoir manqué la guerre en France :

Les bercements de mon enfance
Aux airs de Saint-Germain des Prés,
Les lendemains de la souffrance
À l'aube des auvents pamprés.
12
Prix littéraires célébrés
Sur une nappe prolétaire,
Chandails de laine délabrés :
Rations-textiles de misère

Lotion-miracle qui s'opère
De sucre et d'eau, cheveux zazous,
Sur un corps maigre qui espère
En trouver une à ses bisous.
13
Instant sacré, cœur de dix sous,
Blanches mamelles de Montmartre,
Furoncles printaniers absous
Par une peau brune de dartre.

Billet du pape Jean-Paul Sartre
Glané dans l'ombre d'un caveau,
Air de musette qui entartre
Tous les conduits de mon cerveau.
14
Mur craquelé, mal à niveau,
Esprit qu'un vieux phono délivre,
Matin toujours d'autant nouveau
Qu'on n'était pas né pour le vivre.

A-t-on manqué le bateau ivre
Faute d'avoir sur persister,
Ou autre part que dans un livre
A-t-il jamais pu exister?
15
Faut-il cesser de s'attrister,
Et bien montrer que l'on s'en moque,
Pour peu qu'on veuille subsister
Sous les amplis de notre époque?

Plus d'un vieux loup nourrit son phoque
De ceux qui furent ses poissons
Rouges et c'est en Amerloque
Qu'il nous vient dire ses leçons.
16
Où sont les rêves des chansons
Qui me tenaient l'âme ravie?
Où est la chair des hameçons
Qui nous donna goût à la vie?

Sens-je un grand vide qui convie
À d'autres et plus mauvais jours?
À tant priver de voix la vie,
N'entendra-t-on que ses tambours?
17
Combien faut-il peler de durs topinambours
Pour retrouver goût aux oranges?
Combien faut-il remplir de fours
Pour la ration de pain des anges?

Combien faut-il louer de granges,
Combien faut-il creuser d'abris
Pour que les yeux un peu étranges
Goûtent la trêve du mépris?
18
Ne crois pas trop en mes gris-gris :
Vivre à Paris, c'est la galère!
Et jamais je n'en fus épris
Que les grands soirs de sa colère.

C'est un ciel gris qui ne s'éclaire
Que lorsqu'à dos des grands chameaux,
Parvient là-bas la sève claire
Qui coule de nos chalumeaux.
19
Évite de confier ces mots
Pleins de notre nouvelle flamme
À ces petits bourgeois normaux
Dont se fait rance la réclame.

Maintenant que les porteurs d'âme
Sont chassés de tous les bistros,
Toi, l'autre et noire Notre-Dame,
Sache attirer nos petits trots.
20
Vois projeter par les vitraux,
En contre-jour sous l'arche ogive,
Plus rouge que tous les Castro
Le soir de gloire qui arrive.

Fais de la sœur contemplative
Qui rêve en vain de ciels nacrés
Un projectile qui s'active
À la chaleur de tes degrés.
21
Rends à ma langue aux becs sucrés
Sa loi aux dents de matamore :
Je ne sais d'autres feux sacrés
Sous mon ciel qui se décolore.

Les derniers pas de mon folklore
Dansés dans l'île d'Orléans,
Celle où Leclerc faisait éclore
Un nouveau cycle de péans.
22
Ne sommes-nous que fainéants?
Alors dansons sous la liane!
Tâchons d'être à New Orléans
Quand nous serons en Louisiane.

Les nuits où le vieux jazz piane,
Je serai ton beau nègre blanc,
Toi ma négresse Rosiane
Fleur à ma bouche et à mon flanc.
23
Ce soir où reviendra le Klan,
Pour ton amour me faut-il croire,
À laisser là mourir mon plan
Qu'un peuple heureux n'a pas d'histoire?

Fais-toi prier ô Vierge Noire
Par les porteurs du Vieux Marché,
Et entends leur chanson à boire
Dont le créole m'a touché.
24
Parole d'un pays lâché,
Vieille légende d'Angoulême,
Violon qui pleut d'un bar perché
Que la clocharde céleste aime.

Si tout le monde ici blasphème,
Serait-ce après un cheval mort?
Je crois devoir avec le thème
De la complainte être en accord
25
Trois ouragans frappant du Nord
L'ère moderne par surprise.
Deux ont déjà semé la mort,
L'autre ne semble encor que brise.

Sous de hauts murs de marchandise,
Chacun s'enferme à double tour.
Je vole dans la ville grise
Comme un rebut d'arrière-cour.
26
J'y vois rouiller de jour en jour
Les trains en quête d'aiguillage.
Je monte dans ma haute tour
Pour voir la gare de triage.

Par la fenêtre du grillage
Je trace un plan vers l'horizon.
Hélas les traits du quadrillage
Sont les barreaux de ma prison.
27
J'entends venir sur ma maison
Comme un rouleau d'acier qui broie.
Garde mon cœur et ma raison
De la musique qui guerroie.

Il n'est personne qui me croie.
Je parle de l'arrière-cour.
Puisqu'il me faut être une proie
Viens m'embrasser ô mon vautour.
28
Sous les arpents de neige autour
Dans leurs silos rêvent les bombes.
Ne cède pas, ô mon amour :
Leurs lits sont froids comme des tombes.

Ne juge pas aux longues rhombes
Sacré le feu des Iroquois.
Souvent les plus féroces trombes
Laissent les flèches de guingois.
29
Fais-moi entrer en ton carquois.
J'ai à ma plume un jus caustique.
Ne laisse plus aux Québécois
Les seuls emplois de domestique.

Fais-moi foncer dans la boutique
Comme un taureau de Bilbao.
Fais de moi ta tête atomique
Comme on nomma en vain Mao.
30
Le long chemin de ton Tao,
Qui tourne et tourne sous la liane,
Sortira-t-il de mon chaos,
Tel un missile de Guyane?

Combien long fil, fusée Ariane,
Semas-tu par les océans?
S'il faut tomber en Louisiane
Rendez-vous à New Orléans.
31
Être sortis des trous béants
Où prêcha le Curé Labelle,
Et refuser d'être géants :
Faute de goût souvent mortelle.

Le couteau fou de Riopelle
Beurrant les gigues de Vigneault,
Leur déception qui en appelle
Au sacrifice de l'agneau.
32
Qu'est-ce qu'indiquent les signaux
Faits par l'aurore boréale,
Que le public des orignaux
Contemple de sa vaste salle?

De quelle rampe colossale
Vient la clarté des mille plis
De ce rideau dont le percale
Semble tissu de long oublis?
33
Lorsque seront tous accomplis
Les ans de grâce qu'on m'accorde,
Fais déverser dans les amplis
Ton ouverture qui déborde.

Je n'ai plus crainte que me morde
Le peuple dit des verseurs d'eau
Que les faussaires en concorde
Tiennent en hâte d'un cadeau.
34
Tombe n'importe quel bardeau
Du toit du monde sur ma tête,
Pourvu qu'y tienne mon bandeau
Qui seul peut la garder en fête!

Quand au sortir de la tempête,
J'ai le cerveau tout tuméfié,
Est-ce d'attendre ta conquête,
Ou d'être trop radiographié?
35
Au cœur trop tendre sacrifié
Par la musique électronique,
Je te sais gré d'avoir confié
Les mots qui la rendront tonique.

Fais que le bang supersonique
S'intègre à un puissant accord.
Ne pas le rendre symphonique,
C'est le laisser semer la mort
36
Quand tout regard un peu trop fort
Passe pour l'agression d'un faune,
Se bat la sorte de record
Dont le Québec d'aujourd'hui trône

Entends ce cri que Louise Beaulne,
Tombant du pont Jacques Cartier,
Aurait confié au journal jaune,
Exhibant son suicide altier!
37
Je veux finir ce livre entier
S'il peut sauver une seule autre.
Fais-moi laisser là ce métier
S'il n'en pouvait sauver quelque autre

Fais de cette encre où je me vautre
Un fleuve en charge d'un couffin.
Je n'ai su faire un bon apôtre
Au blanc pays de Séraphin.
38
Fonds cette terre de Baffin
Au clair de mon étoile filante!
Trop m'ont hélé comme un dauphin
Dans le ruisseau de la mort lente.

Trop m'ont pris pour chaise roulante
Vers les psychiatres de Saint-Luc.
Je veux virer bombe volante
Au son d'un reel de la Bolduc.
39
Que brûle ce décor de stuc
Où toute chair se pétrifie.
Quand les victimes sont sans suc,
C'est en vain qu'on les sacrifie.

À couteau fou on déifie
Les saints du culte d'Ahriman,
Mais gare au puck qui se confie
Au juste tir du recordman.
40
Mets dans mon casque de walkman
Un rigodon funèbre espiègle.
Rend-nous les rêves que Bronfman
Noya dans son whisky de seigle.

Quand sur mon cœur qui se dérègle
Tu mets un disque de Vigneault,
Comme saisi par un grand aigle
Je crois voler comme un agneau.
41
J'ai tant donné dans les panneaux
Dont l'autoroute est entourée,
Qu'il me faut les originaux
Dont leur surface est peinturée :

Les quais putrides du Pirée
D'où trois enfants m'avaient souri,
Leur mouise que j'ai désirée
Quand la chantait la Mercouri.
42
Entends mon triste amphigouri
Toujours en quête de musique!
Pour m'en être trop bien nourri
J'ai voulu un destin tragique.

Espérant un effet magique,
J'ai fait dans le théâtre grec.
J'ai eu pour scène une clinique
Et des pilules pour mon bec.
43
Jamais je n'ai pu voir de grec
Que l'épicier doublement traître
Appelé pour voter l'échec
D'un peuple qui a voulu être.

Jamais celui qu'on laissa paître
Du temps de Papadopoulos
Dans les crevasses de salpêtre
Du camp de l'Île de Patmos.
44
Si mièvre qu'en soit le pathos,
Laisse le chant de ma complainte
Porter les termes de l'éthos
Mettant mon rêve à mon atteinte.

Comment atteindre ton étreinte
Plus haute que tout l'Univers
Quand on est rat du Labyrinthe
Et du confort de nos hivers?

45
J'aurais aimé prendre à l'envers
L'avion de l'immigrant barbare
Pour mieux nous voir jusqu'à travers
La mer qui vit tomber Icare.

Mais le Soleil, sans crier gare,
Abat sitôt de son faisceau
Quiconque vole dare-dare
Pour ne pas prendre le ruisseau.
46
Lorsque j'aurai comme un pourceau
Franchi la fange de la honte,
Fais-moi sauter dans ton cerceau
Sur l'autre rive qui remonte.

La bête humaine que j'affronte
Ne pourra plus jouer au martien
Quand, de ta force que je dompte,
Je saurai être musicien.
47
Je n'attends plus en grec ancien
L'ordre donné du coryphée.
Mon péristyle est haïtien.
Et tu y parles, toi ma fée.

Ta robe rouge dégrafée
Me fera voir tes seins de jais,
Ma lettre noire ici griffée
T'ayant fait croire en mes projets.
48
En dépit de tous les rejets
Qu'a jusqu'ici subi ma thèse,
Je tiens là-bas tous les objets
De peur du monde pour fadaise.

Je vois partir mes gens à l'aise
Chaque hiver pour un lieu vermeil :
J'ai droit aussi ne leur déplaise
À ma destination-soleil.

49
De ce pays à nul pareil
Et dont je ne sais rien encore,
La plage de Cité-Soleil
Me charme par son nom sonore…

La photo montre qu'elle arbore
Un oriflamme rouge et noir,
Et sur le mur qu'elle décore
On ose encore écrire « espoir ».
50
J'y vais revivre le Grand Soir
Où tout Paris soudain en rage
Me signifia quel beau devoir
Incombe à moi l'enfant peu sage :

C'est quand sous les pavés la plage
S'effeuille comme une houri
Que l'esprit perce et se dégage
Du piège de l'amphigouri.
51
C'est quand on s'est trop bien nourri
Du plus précieux de ta salive.
Qu'on se retrouve, enfant pourri,
Dans le ruisseau de ta lessive :

La Seine lente et corrosive
Des premiers disques de Ferré.
Tout ma vie à la dérive
Du charme qu'ils ont opéré.
52
Mon trajet si mal éclairé
Par les panneaux de la réclame.
Le phare si exagéré
Dont m'a tant ébloui Paname.

Fais-lui savoir que toi ma dame
Aiguises mon accent pointu,
Non pas le zut! qu'on y exclame
Dans ses autos qui font tu! tu!

53
Quand bousculé comme un fétu
J'entre dans le café de Flore
Prendre un petit café battu,
C'est l'addition qui me picore.

Pas l'albatros qu'en vain j'implore.
Pas même le chant d'un corbeau :
Séjour plus triste et vide encore
Que la visite d'un tombeau.
54
J'ai beau chanter « Pont Mirabeau! »,
Le taximètre de la zone
Passe un viaduc encor moins beau
Que le tremplin de Louise Beaulne.

Assis à l'ombre d'un pylône,
Je gueule à mon copain Léo :
« Mais quel après-midi d'un faune
Anoblira le Pont Viau?»
55
Trop fredonner avec brio
Mène à l'eau sale de Venise,
Ou aux favelas de Rio
Que la misère télévise.

Quand des pays toujours en crise
Parviennent tant de belles voix,
On veut garder sa ville grise
Pour y garder les bons emplois.
56
On croit savoir faire son choix :
Le beurre ou bien l'argent du beurre.
La maisonnette du bourgeois
Qui veut garder son âme à l'heure.

Ou bien le noir ruisseau qui pleure
À l'ombre glauque du pilier
Où couche qui ne veut que meure
Son vieux poème d'écolier.

57
On couche alors sous l'escalier
Que d'autres grimpent à grand peine.
On joue alors au batelier
De la Volga ou de la Seine.

Et s'il vous semble trop quétaine
De coucher sous le pont Viau,
Il y a un vol à prix d'aubaine
Pour les favelas de Rio.
58
Fais orchestrer par un griot
Notre misère bien plus laide.
Mets sur air de Darius Milhaud
Cette chanson qui crie à l'aide.

Mets cette cause que je plaide
Sur disque de Léo Ferré,
S'il daigne ainsi que j'intercède
Après l'avoir trop adoré.
59
Si je n'étais bien plus taré
De la santé qu'il a enfreinte,
S'il ne m'avait tant égaré
Et fait marcher au Labyrinthe,

Dégusterais-je ton étreinte
Sur la margelle du ruisseau?
Composerais-je la complainte
Dont la sortie attend ton sceau?
60
Si je n'avais eu pour berceau
Sa chansonnette si grincheuse,
Qui eût coiffé de ton cerceau
Ma tête ogive si chercheuse?

Où ma mirette si plongeuse
Eût-elle vu le ciel doré
Sans les éclats de l'eau fangeuse
Où le soleil a chaviré?

61
Quand je me suis aventuré
Loin de la route trop suivie,
Par magie on m'a retiré
Tout talent que le monde envie.

Les vers de l'âme inassouvie
Qui écoutés plus de trois fois
Rendent inapte pour la vie
À exercer de bons emplois.
62
Sur son balcon rêve un hautbois
D'un concerto à grand orchestre.
Des cris, des cors et des abois
La meute alors le défenestre.

Montre-moi le chemin pédestre
De l'orignal qui fuit vers l'eau!
Pour que son bois soit plus sylvestre,
Fais-le feuiller comme un bouleau!
63
Je n'ai pour note de philo
Que cent pustules printanières
Et pour couronne le halo
Sacrificiel de tes lumières.

Quand dans ma bouche les rivières
Grondent sous le premier soleil,
Comment parer le jet des pierres
Des gens qu'on tire du sommeil?
64
Entends le chant de mon réveil
Que mordent les signaux d'alarme!
Vois s'avarier tout appareil
Sous mon regard trop plein de charme.

Le feu d'amour qui me désarme
Rend soupçonneux les fiers-à-bras.
Je me déchausse comme un Carme
Pour passer l'onde où tu voudras.
64
Vois orbiter les papiers gras
Autour de moi comme des mouches!
Sens combien sentent mes beaux draps
Depuis le temps que tu me touches.

Tous les regards passent pour louches
Dès qu'ils déversent la clarté.
Dis-moi le pont où tu nous couches
Qui mène vers l'autre cité.
65
Flatte-moi comme un invité
À un festin beaucoup plus rare
Que le destin de l'excité
Qui file vers l'aérogare.

Trop ont cru bon rompre l'amarre
Depuis le toit du château-fort,
Mais l'éternelle mer d'Icare
Est rouge de leur male mort.
66
Fais-moi nager vers l'autre bord
Comme Dédale qui fit halte.
Empêche de chauffer trop fort
Ma tête que la vue exalte.

C'est quand sur les pavés l'asphalte
Fait du matin une autre nuit,
Que l'esprit, comme un preux de Malte,
Cherche la bête qui conduit.
68
Vois les anciens de soixante-huit
Qui roulent sur la rive droite,
Et le ringard que chacun fuit
Tant que sa tête n'est pas coite.

Ö bouquiniste, ouvre ta boîte
Sur le quai des Grands Augustins,
Où va la seule rue étroite
Pour fuir au loin ces deux destins.

69
Oh plus terrible des festins,
J'ai dévoré ton petit livre.
J'en ai très mal aux intestins
Mais j'ai senti ma voix revivre.

Mais puisqu'il me faut bien survivre
Aux oiseaux rauques irrités,
Fais que je nage dans l'eau ivre
Qui tient à part les deux cités.
70
Montre aux valets tout excités
Par le haut rang de leur embauche
Les trucs des maîtres imités
Trahir avant la rive gauche.

Montre le trait qui toujours fauche
Les purs qui veulent rester rois.
Ne permets pas que je chevauche
Le jet privé des bons emplois.
71
La langue dont j'appris les lois
De faute en faute d'orthographe
Pour ne chanter rien qu'une fois
Ta rondeur dont le Blanc s'esclaffe.

Le jazz du temps du phonographe
Qui fleurait bon Sydney Bechet,
Cette musique de carafe
Que dans les bals on débouchait.
72
L'amour qui comme un coup d'archet
Fait résonner comme une corde
Et exploser comme un pichet
Le corps dont tout le jus déborde.

Comprends la hâte que me morde,
À l'ouverture des rideaux,
Ton grand orchestre où je raccorde
La danse de mes pieds lourdauds
73
Avant de mettre sur mon dos
L'appellation que tu contrôles,
Élève-moi comme un Bordeaux
Dans la plus noble de tes geôles.

À la promesse des beaux rôles
Qu'on dit la fleur des plans divins,
Unis la graisse et les épaules
Qu'on croit la force des bovins.
74
Je sais combien les noirs ravins
Qu'on croit les trous de la débauche
Protègent bien les écrivains
Qui vont gravir la rive gauche.

Ne crains donc plus que je chevauche
L'engin à plume dont j'écris
Pour survoler la zone où fauche
Quiconque un seul trait de mépris.
75
Avec les chiens, les cors, les cris
Ne permets pas que je discute.
L'engin de plume que j'ai pris
Est bien plutôt un parachute.

Fais que de l'arme que j'affûte
Pour traverser les océans,
Le feu d'atome me transmute
En tendre nègre aux bras béants.
76
À quoi bon jouer les bienséants
S'il faut tomber en Lousiane?
Veille qu'alors New Orléans
Étende son filet de liane.

Fais aboutir le fil d'Ariane
Que tu promets au nègre blanc
Chez cette noire Rosiane
Au sein où puise mon élan.


77
Dis-lui la suite de mon plan
Ou laisse-moi en sa nacelle,
Car je ne suis qu'un éperlan
Qui bouge au bout de ta ficelle.

Seul peut piquer à tire d'aile
Dans l'œil du monstre au Canada
L'insecte prêt à perdre l'aile
Pour la beauté qui l'obséda.
78
Seul peut échapper au sida
Dont l'ordre américain nous gouge
Qui sait descendre de dada
Pour traverser le fleuve rouge.

Seul peut passer la zone rouge
Sous la tutelle d'un vautour
Qui sait attendre au fond d'un bouge
Sans autre espoir qu'un bel amour.
79
Seul peut gravir la haute tour
Que coiffe ta chambre nuptiale
Pour allumer à ton amour
Le feu de l'explosion mondiale,

Qui pour graver la loi cordiale
De Notre Dame de Harlem
Saura braver la foi martiale
De Rome et de Jérusalem.
80
Seul peut grimper dans le totem
Du monde entier qui se rassemble
Qui perd son prix de math élem.
Pour un amour qui te ressemble.

Fais que la rive droite tremble
Quand reviendra mon ricochet,
Mais que d'abord ma bombe semble
Surboum avec Sydney Bechet.
81
Puisqu'il me faut être un déchet,
Augmente en moi le feu d'atome
Qu'on scelle du plus gros cachet
Et qu'on enferme sous un dôme :

Le disque d'or de Piaf la môme,
Rayon de son dernier couchant,
Lustre de pur cristal de baume
Éclaté sous son propre chant.
82
Quand le théâtre du marchand
Est seul à faire de l'embauche,
Comment savoir être alléchant
En gravissant la rive gauche?

Passé le fleuve de la fauche
Sur l'autre bord que tu promets,
Dis quelle mule je chevauche
Pour en atteindre les sommets.
83
Beaucoup prétendent que jamais
N'a existé sauf pour la blague
Le Saint-Germain qu'enfant j'aimais
Dans les chansons de vieille vague.

Seule une route qui zigzague
Monte une côte de granit.
Seul un amour fait sous ta bague
Monte et descend jusqu'au zénith.
84
Laisse venir jusqu'au grand hit
L'humble missile de croisière.
Laisse-lui faire comme Édith
Sauter le monde à sa manière.

Seule révèle fin dernière
La strip-teaseuse des caveaux.
On vogue au vent de la lumière
Comme un voilier des caniveaux.

85
Quand s'entrégorgent les cerveaux
Dans la cité qui les emploie,
Seul connaît l'air des chants nouveaux
Le vagabond de l'autre voie.

Seule une barque qui louvoie
Peut naviguer contre le vent.
Seule une bombe qui s'envoie
Peut espérer changer le vent.
86
À quoi bon être un grand savant
Si seul l'emploie un adversaire
Plus riche et plus puissant qu'avant?
Faut-il entrer en monastère?

Faut-il donc faire un grand mystère
De toute prise de recul?
Cette prière est un clystère
Pour nous laver de tout calcul.
87
Contre les forces du cumul
La stratégie est inutile.
Seul qui sait bien agir en nul
Peut espérer frapper le mille.

À qui sait passer pour débile
Rien ne sera longtemps secret.
Ce que l'on croit effet de style
Parle d'un fait bien plus concret.
88
Trop taraudé par le portrait
D'une négresse vue en songe,
J'ai présenté tout son attrait
À l'eau céleste qui m'éponge.

Alors avant que je m'allonge
Avec ma belle d'évasion,
Exhibe à tous mon corps qui plonge
Dans l'encre de la dérision.
89
L'arme absolue est la fusion
De l'art de mordre dans la pomme
Et de l'horreur de la vision
Qu'on croit à tort venir de Rome.

Je sais ton grand bonheur la somme
Que forment toutes les douleurs,
Comme ta peau fusain consomme
Les traits de toutes les couleurs.
90
Seule la peur de nos chaleurs
Fait que la sauce de tomate
Que télévisent les voleurs
N'est pas encor plus écarlate.

Le chantre blanc que chocolate
Le noir de son secret penchant
Est-il la bombe qui éclate
Dont la sirène est le plain-chant?
91
Quand on a l'œil bien trop touchant
Au dire de tout psychologue,
D'où viendra le regard tranchant
Qui vous mettra au catalogue?

Argent, violence, sexe et drogue
Quadruple rendez-vous des as,
Coup de poker le plus en vogue
À la fortune de Dallas!
92
Quand de paillettes et de strass
Éclaire un disque qui tempête,
Fais que je brille comme un schlass
Dans les ténèbres de la fête!

Le labyrinthe où je m'entête
En marge des jeux vidéo
Fera-t-il voir un soir la bête
Dont la voix gronde en stéréo?
93
Mets en musique mon fléau
Dont je veux battre l'Amérique!
J'y veux rugir comme Léo
Sur ton orchestre symphonique.

Sur le billard électronique
Je veux tomber comme un gros chien!
Tais la critique sardonique
Car Édith Piaf le fit très bien.
94
Faut-il jusqu'au désert chilien
Tourner les gorges du dédale,
Brute et truand ne peuvent rien
Si ma trajectoire est spirale.

Fais-moi fouler comme un Vandale
Les pages du Reader's Digest.
Loges-y moi comme une balle
N'aura jamais sifflé dans l'Ouest.
95
Fais-moi ramper de test en test.
Il faut souffrir pour être belle.
Montre-moi quoi lâcher pour lest
Avant chaque ascension nouvelle.

Pour louvoyer en ta nacelle
Au vent solaire du zénith,
Il n'est méthode autre que celle
Dont se servit toujours Édith.
94
Quand le barrage est de granit,
Sous sa propre musique il craque.
Pour galoper de hit en hit,
Il faut nager de flaque en flaque.

Il faut braver de claque en claque
La clientèle des bistros,
Bien lui montrer qu'on est fou braque
De lui produire un cœur si gros.



97
À force de montrer des crocs
Le mépris tourne au pur délire.
Ainsi les Marylin Monroe
De leur exil font un empire.

Le grand public qu'un tendre attire
Ne cherche en son for intérieur
Qu'un pauvre type de qui rire
Pour se sentir moins inférieur.
98
Qui trop pérore en grand seigneur,
Du trône ne voit pas la chaîne.
Qui veut toujours être meilleur
Doit redescendre dans l'arène.

Comme la pousse d'une graine
Monte en spirale vers le jour,
Le pion promu au rang de reine
Doit jouer deux rôles tour à tour.
99
On fait des crises dans sa cour
Fou noir ou blanc montré en foire.
On chante un grand hymne à l'amour,
Tour d'obsidienne ou bien d'ivoire.

On prend le risque du déboire
D'une sorcière de Salem.
On met en disque son grimoire
Dans une boîte de Harlem.
100
Je veux grimper dans le totem
Qui tient le monde sous son prône.
Je ne veux pas de requiem
Comme on en fit à Louise Beaulne.

Comme la valse d'un cyclône
Sur une plaine du Texas,
Mon appel à toute la faune
Interrompra jusqu'à Dallas.
101
Le fameux la de la Callas
Ou de quelque autre cantatrice
Pour entonner un long « hélas »
Quand pète le feu d'artifice.

Le défilé sous l'édifice
Où un tireur se recueillit
Pour consommer le sacrifice
Dont tout Dallas s'enorgueillit.
102
Les coups de feu dont tressaillit
L'homme qui crut changer le monde.
Le feuilleton qui envahit
De longueur d'onde en longueur d'onde.

La messe dont le vin débonde
Et qu'on célèbre le mardi.
La griffe de la bête immonde
Qui convoqua John Kennedy.
103
Le vol du président hardi
Sentant sa mort prochaine sûre.
Les traits de l'astre du midi
Chauffant ses ailes de voiture.

Le paradis sous la toiture
D'où un vieux dieu vengeur tira
Trois coups d'envoi pour l'ouverture
D'un très ancien soap-opéra
104
L'adolescent qui espéra
Les grands succès des astronautes.
Le faux ciel bleu que perfora
Un tir venu des loges hautes.

Les gestes faux pris pour des fautes
Et qui s'inscrivent dans un plan.
La caméra qui fit des sautes
Pour ne pas dire carré blanc.
105
Le président pris d'un élan
Comme un grand aigle vers un phare.
Sa chute comme un lourd bilan
Qui rend le monde plus avare.

Le fleuve rouge qui sépare
Dallas des rives de Fort Worth
La mer qui but le sang d'Icare
And flows through all history and earth
106
L'homme qui tombe de son surf
Pour avoir cru mener la vague.
Le pion qui mord l'herbe du turf
Dès qu'il ne court plus pour la blague.

L'apprenti chef d'état qui drague
La fille d'un riche bêta
Et croit pouvoir casser la bague
Sitôt en selle sur l'état.
107
Le cavalier qui emprunta
La route qu'un mirage a feinte.
L'azur brûlant où miroita
Un plan pour fuir le Labyrinthe.

L'exemple qui m'emplit de crainte
Quand s'ouvre un trop beau raccourci.
Ma main qui reste sur la plinthe
Où court le fil qui sort d'ici.
108
Des mois de marche même si
C'est pour toucher le mur d'en face :
La seule marche qui ainsi
Sort de la plus obscure place.

Le plan qu'on croit de la terrasse
Voir d'un coup d'œil et suivre après.
La bien plus grande et rare audace
D'y voir un autre piège exprès.
109
Mes pas perdus et mes regrets
D'avoir rêvé de présidence.
Les vrais grands maîtres très secrets
Tenant le monde en leur mouvance.

Le mur de leur si lourd silence
D'où tombent tant de coups de feu.
Le pion qui aussitôt s'avance
Pour s'emparer du bel aveu.
110
Le meurtre qui répond au vœu
Du cadre où le western s'achève.
Le lourd téléroman vieux-jeu
Dont le décor tout-à-coup crève.

Les fleurs au front du bon élève
Que par mégarde l'on cueillit.
L'enterrement de son beau rêve
Dont l'opéra s'enorgueillit.
111
Les ballerines de Neuilly
Qui mettent bas leur collerettes
Pour l'uniforme de treillis
De leurs nouvelles opérettes.

Mon irrespect aux majorettes
Qu'on voit passer chaque mardi
Mettre leur flamme aux cigarettes
Des assassins de Kennedy.
112
Ce feuilleton trop bien ourdi
Dont l'effeuilleuse pas peu sale
Fait à mon cœur abasourdi
Le plus affreux cours de morale.

La preuve que hors du dédale
Il n'est aucun pont aérien.
La preuve que le monde avale.
Et dont je n'entérine rien.
113
Le grand projet prolétarien
Ayant tourné au mauvais rêve,
On enseigne à chaque terrien
De renoncer à toute grève.

À voir sur les écrans que crève.
Tour à tour chaque plan de vol,
On croit, pour être bon élève,
L'homme à jamais cloué au sol.
114
Délivre-moi de cet alcool
Qui se déverse dans ma tête.
Enivre-moi du propergol
Qu'il faut pour fondre sur la bête.

Ne permets plus que je m'arrête
Quand elle montre sa prison.
Fais que sans trêve je m'entête
Envers et contre sa raison.
115
Quand notre espoir est hors saison
Mets bas les casques de l'écoute.
Conduis jusqu'à la pâmoison
La gravelure de ma route.

Ne permets plus que me chouchoute
Le jazz blasé de la high class
Joué partout sur l'autoroute
Menant le monde vers Dallas.
116
Chasse des pages de l'atlas
Les deux de pique qu'on adule.
Apprends-moi à produire en as
Mon numéro si minuscule.

C'est quand sans force on éjacule
En tout dernier son bel atout
Que l'ennemi reste incrédule
Jusqu'à ce qu'il ait perdu tout.
117
La bête humaine dit partout
Le labyrinthe sans issue.
Ne prouve-t-il alors surtout
L'avoir que trop bien aperçue?

Mène ma hâte qu'on déçue
Les pièges du chemin des airs
Au bout du fil dont est tissue
Cette guirlande de vieux vers.
118
Fais voir le fil dans les déserts
Que je traverse entre les strophes
Et à l'endroit, et à l'envers,
Sur mon métier que tu étoffes.

Fais prononcer aux théosophes,
Revendeurs du rêve hitlérien,
Un vœu de grandes catastrophes
Au profit de ceux qui n'ont rien.
119
Chante l'espoir prolétarien,
Qu'on pense mort dans un camp russe,
Sur fond d'orchestre wagnérien
Ne marchant plus au pas de Prusse.

Lave le sale argent qui suce
À la tornade blanche Ajax.
Ma peau de blanc n'est qu'un prépuce
À exciser d'un coup de sax.
120
De mon coccyx à mon thorax
Mon corps n'est qu'un Pershing qui bande
De crainte que de fax en fax
L'hydre assassine ne s'étende.

Donne un parfum fleur de lavande
À la sueur de mon body.
Va déposer cette guirlande
Sur le tombeau de Kennedy
121
Les charmes de la First Lady
Que son faux deuil mit en vitrine
Et en attente d'un bandit
Prêt à en faire sa tzarine.

Le riche hymen de Jacqueline
Sitôt en terre le cercueil.
Le vieux pays que sa marine
Maintient toujours dans son orgueil.
122
Quand les couplets de ce recueil
Feront comprendre ta caresse,
N'y verra-t-on que mon fauteuil
Qui trop invite à la paresse?

N'entendra-t-on que la détresse
D'un schizophrène en son studio
Quand la prière que je tresse
Paraîtra sur cassette audio?
123
J'entends déjà le rire idiot
Des grands piliers de discothèque.
J'entends les gens de la radio
Réclamer qu'on coupe mon chèque.

À une féministe grecque
On veut prêter tous les secours,
Non au rat de bibliothèque
Dressant l'histoire des amours.
124
Vois chacun prendre les détours
Du labyrinthe de fortune
À la recherche des atours
Qu'il croit devoir à sa chacune.

Serait-ce demander la lune
Que de vouloir faire à l'envers
L'amour qu'on fait d'une tribune,
Le plus totalement pervers?
125
Fais que les lettres de ces vers
Sur les photos de magazine
Marquent de noir les corps couverts
De crèmes et de zibeline.

Préviens le gars qui les câline,
Le doigt bagué d'un nom sonnant
Qu'il offre à une Jacqueline
Demain offerte à plus donnant.
126
Je crus te plaire en ruminant
Un long voyage comme Ulysse,
Mais tu m'as jusqu'à maintenant
Tenu derrière la coulisse.

En ce métier de haute lisse
Dont seul je sais encor les lois,
Garde des yeux de la police
La trame des futurs exploits.
127
La foi n'a pas d'autres emplois
Quand le bourgeois est interlope
Qu'un mot du juste un peu gaulois
Ou une image un peu salope.

Je n'ai pas su courir l'Europe
Et revenir en grand héros.
Je crois l'emploi de Pénélope
Valoir ton cœur en moins d'accrocs.
128
Dans le décor des faux bistros
Je vais attendre ton étreinte
Dont j'ai rêvé dans les métros
Sans pouvoir fuir le Labyrinthe.

Quand le récit de ma complainte
Paraît trop faible ou trop subtil,
Fais qu'au courant dessous la plinthe
Je reconnecte alors mon fil.
129
Me laissas-tu assez de fil
Pour le long texte que je trame
Et de courant pour le long Nil
Où va comme un couffin qui brame?

Je t'enverrai un télégramme
Plutôt que de pousser des cris.
Je ne ferai pas d'autre drame
Avant celui que je t'écris.
130
Quand dans la neige l'on est pris
À rien ne sert qu'on accélère.
Un plan de trame est entrepris,
Mais reste le détail à faire

Et à défaire et puis refaire,
Tel Pénélope en son fauteuil,
Sans sursauter sous la colère
Ni m'endormir sur trop d'orgueil.
131
La fête du Texas qu'en deuil
Pour faire passer l'on déguise,
Depuis le temps qu'à notre seuil
L'imposa douze jours durant l'Église.

La boîte de Monsieur Surprise,
Polichinelle et baladins.
Mon émission qu'ils ont remise
Pour faire place à ces gredins.
132
C'était le temps où les dédains
D'un archevêque matamore
Arrêtaient mieux que des gourdins
La moindre danse de folklore.

Chaque fois qu'on sentait éclore
La joie à l'ombre d'un flonflon,
Au mot pieux d'une pécore
On dégageait le grand salon.
133
Tendre l'oreille à un violon
C'était donner la main au diable.
Nous qui l'avons sous le pilon
Trouvons cela bien peu croyable.

L'air extérieur bien agréable
Fit aux curés craindre un fiasco,
Briser le mur imperméable,
Mais l'air de se mettre au disco.
134
Il souffle un âpre sirocco.
Ne sens-tu pas venir l'orage?
Plutôt un simple avant-écho
De l'album où te rendre hommage.

Entends ma voix, première plage,
Qui va contrant vagues et vents :
Un autre et pire moyen-âge
Dont sonnent tous les olifants.
135
De disque en disque triomphants,
Les staccato des mitrailleuses
Ont dorloté tous les enfants
Accompagné leurs voix brailleuses.

Frottant leurs lampes merveilleuses
Comme on caresse un jet jumbo,
Ils font des formes nuageuses
Qui se condensent en Rambo.
136
Hit après hit j'avais eu beau
Fourgonner dans leur discothèque,
La mettre à sac comme un tombeau,
Comme un cadavre qu'on dissèque,

Comme une horreur néo-aztèque
Construite de bric et de broc,
Comme une crypte qui défèque
Bingos et voix de vote en bloc,
137
Tout résonnait du même air Rock,
À l'envers sous la tessiture,
Gracieuseté de Tavistock,
La satanique signature.

Tout ne semblait que la peinture
Et la chanson du désespoir,
Or ce n'était que l'ouverture
Du premier acte du Grand Soir.
138
Mettre la clef j'ai beau vouloir,
Les enfants veulent tout entendre,
Y compris même l'Album Noir
Au lourd coffret de palissandre.

J'avais cru bon le lui défendre,
Sachant la force d'un mantra,
Mais il menace de se pendre
Sous la pression des libéra.
139
Je me suis dit « bien, on verra! »
J'entends alors un chant d'église,
En vérité un opéra
Antiphonique de Venise.

« Que chaque voix chante à sa guise
L'aria de l'aggiornamento! »
Mais pour chanter sur la Tamise,
Il faut jouer du klaxon d'auto.
140
Examinant le libretto
Je lis à la dernière page
Que la puissance du canto
Est d'invoquer le moyen-âge.

Je veux d'abord hurler ma rage
Faire la peau à ces gredins,
Mais c'est moi-même qu'on engage
Premier acteur côté jardins.
141
Que répondre à tous ces mondains
Trouvant Kennedy sympathique
Pour ne pas dire les dédains
Dont ils accablent toute éthique?

Mon premier cours de politique
En douze jours de longs ennuis.
Le lourd métrage méphitique
Qui n'a fait qu'épaissir depuis.
142
Le président privé d'appuis
Quand Marilyn Monroe le couche.
Le réceptacle où j'introduis
Mon être ainsi qu'une cartouche.

Le bouton rouge que je touche
Pressé par un furieux motard.
La trompette que l'ange embouche
Vu le calibre du pétard.
143
J'ai réagi, c'était trop tard :
Une fois avalés les disques
Par l'appareil c'est le départ
À vos périls et à vos risques.

Il tourne plus de tourne-disques
Que sous les disques des Beatles.
Il flashe au ciel plus d'astérisques
Qu'au dais des restaurants Nickels.
144
« C'est le Grand Soir! », ricane Engels.
Moteur hors bord à leurs gondoles
Accourt le chœur des Hell's Angels
Au crépuscule des idoles.

Les professeurs de nos écoles
Passent en classe des chandous
Et investissent leurs oboles
Dans la mallette des sadhous.
145
L'orchestre attaque un air Vaudou.
Paris se rend à Port-au-Prince.
À la faveur du temps trop doux
Québec renonce à sa province.

La dent d'un monstre alors y grince
Dans le silence boréal.
Par une marge pas peu mince
Un peuple mort s'en dit féal.
146
Du haut des tours de Montréal
Se précipite l'avalanche
Des suicidés de floréal
Sur les docteurs qui font la manche.

Le joueur d'orgue sous la branche
N'accepte plus de dons qu'en mark.
Les promeneuses du dimanche
Au pas défilent devant l'arc.
147
Le lion ailé dit de Saint-Marc
Décampe de son acrotère,
Descend la rampe jusqu'au parc,
Et croque son propriétaire.

Les disques tournent au mystère,
Dans leurs sillons les grands vaisseaux.
Quand on voudrait les faire taire,
La terre fait des soubresauts.
148
Les cheveux tombent des verseaux
Et de l'empire qu'ils augurent.
Les rêves tombent en morceaux
Quand plus d'argent ils ne procurent.

Les chefs du peuple qui le furent
Font interner leurs vieux serments.
Mais le Grand Soir auquel ils crurent
Se passera de boniments.
149
En grève tous les parlements,
En berne toutes les cravates,
En pièces tous les monuments,
En sable toutes les Euphrates,

Les luminaires écarlates,
Le ciel rempli d'astres filants,
Sortent de mer les Grands Pirates
Dont le pouvoir a six mille ans.
150
La danse des engins volants
Prouve la force de leur âge.
Les rois leur laissent leurs bilans,
Les prêtres vont leur rendre hommage,

Voyant des dieux à leur image
Dans les gredins que je poursuis.
L'album a fait un beau dommage.
On veut l'auteur, et je le suis.
151
Je suis issu du fond d'un puits :
Plus la montée en est hardie,
Plus à marcher sur nos appuis
Le vaste monde se dédie.

Mon premier cours de tragédie
Télévisé en mon Québec.
Le fleuve noir que j'étudie
Faute d'avoir appris le grec.
152
Permets que je passe à pied sec
Le val avant que ne l'arrose
L'eau vive qui ne pleut qu'avec
Les pleurs qu'exprès cet album cause.

Fais que ma ville un jour soit chose
De leçon d'art et de géo.
Enclenche donc après la pause
La suite de mon vidéo :
153
Herr Kissinger voix stéréo
Fait une ultime entrée en scène :
« Qualis artifex pereo! »
Se sachant homme il meurt de peine.

Le chef pirate qui s'amène,
Face au silence général,
Proclame son équipe reine
D'un grand domaine sidéral.
154
Je dis à ce grand amiral
Qu'il a tout d'un terrien adulte.
Le corps d'un seul gros animal
Forme la foule à cette insulte :

Dans quelque espoir de rendre un culte
Aux dieux sortis des océans,
On veut que je me catapulte
Du haut d'un des buildings géants.
155
Poussé par les mots malséants
Recevant plus d'une tomate,
Je monte en chantant des péans
Annonçant l'aube démocrate.

La masse, alors critique, flatte
Le pirate au front de taureau,
Et veut ma tête qui éclate
En percutant sur le carreau.
156
Aux magiciens manque un tarot.
La table tournante se bloque,
Et le juke-box dans le bistro
Rend un dernier râle amerloque.

La bête énorme et ventriloque
Pour mordre sort de la disco,
Mais la lumière qu'elle croque
La croque ainsi qu'un vil gecko.
157
Tout tourne-disque sous l'écho
D'un certain disque se détraque.
Tout mur ainsi qu'à Jéricho
Au son d'une trompette craque.

Tant que le monde trime ou vaque
À quelque sordide intérêt,
Reste couvert le ciel opaque
Où les dieux règnent en secret.
158
Vienne un héros tragique prêt
À prendre un coup de leur tonnerre,
L'éclair qui trop éclairerait
Les force à moins frapper la terre.

Le temps qu'il faut pour qu'on enterre
Le beau spectacle de sa mort,
Et qu'à nouveau misère et guerre
Nous fassent taire à moindre effort.
159
Notre bifteck est dit à tort
De la sueur cristallisée;
C'est l'achat du non-désaccord
Face à la chair martyrisée.

Seuls mes hauts cris sous la risée
Hausseront l'offre de nos boss,
Non la carrière proposée
Contre ma voix comme un bout d'os.
160
Le vin de l'Île de Samos
Est bien le sang que nous dédie
L'Île jumelle de Patmos
Où vont les êtres qu'on radie.

Mais de ce feu que je mendie
À la Marinette au pied sec,
Faisons d'abord un incendie
Qui brille mieux qu'un soleil grec!
161
La sève qui me vient au bec
Quand le ciel noir d'un coup s'éclaire.
Mon encrier qui reste sec
S'il ne s'agit que de trop plaire.

Les lauriers de l'ennui scolaire
Que je cueillais adolescent.
Mon amertume et ma colère
De m'être cru intéressant.
162
Le tableau noir si agaçant
Parmi les jouets de mon tendre âge.
Le bulletin me menaçant
Des affres de l'apprentissage.

Le clair constat de ce message
Après l'échec de soixante-huit.
La peine de mon cœur trop sage
Aux livres désormais réduit.
163
L'amour en friche qui produit
La graine du génie en herbe.
Le château-fort que j'ai construit
Dans le grand style de Malherbe.

La fleur tardive de mon verbe,
Promesse d'un emploi de roi.
L'été avant ce temps acerbe
Où l'instruction ne fait plus foi.
164
Mon cœur en graine et en émoi
Contre le monde et son coup sale,
Et ajoutant « bienfait! » pour moi
Et ma sagesse si vénale

Le « tiens! » que cherche la cigale
Contre lequel me fut promis
Le « tu l'auras » de la morale
Dont nous méprisent les fourmis.
165
Les professeurs par moi vomis
Du temps de ma paresse pure.
Le beau torchon que je remis
En classe de littérature.

Le sujet : « Faites la peinture
D'un paysage de printemps! »
Cet autre essai que je procure
Même si c'est passé le temps :
166
« N'attendez pas les bois où gloussent les étangs
Sous les froufrous du ciel où vole un hirondelle.
N'attendez pas la croûte de bleu-verts pétants
Dont les peintres abstrus refont leur escarcelle.

Je suis d'une contrée où la musique gèle
Quand l'hiver maintes fois revient sur sa coda,
Comme pour retarder l'horreur qui se révèle :
Le printemps réservé au pauvre Canada.
167
Sous le soleil trois fois la sève déborda
Et mille ruisselets chantèrent renaissance,
Mais après chaque fois le vent se raccorda
À la source nordique qui fait sa puissance.

Sous la neige éternelle la ville se pense,
Mais le vieil habitant du Saguenay profond
Sait que l'hiver trois fois s'en va et recommence
Et qu'à la quatrième pour de bon tout fond.
168
Le peuple n'y croit plus quand craque le plafond
Sous un coup de chaleur plus fort qu'en Barbarie.
Hélas sous les manteaux tout blancs qui se défont,
C'est comme un vieux frigo plein de viande pourrie.

C'est comme l'inventaire d'une porcherie
Où six mois sans vidange ont fait les animaux,
Où six mois en secret les gars de la voirie
Ont déchargé l'ordure des bourgeois normaux.
169
L'air de la métropole et des lointains hameaux
Inspire le suicide et les humeurs infectes.
Il n'est aucun refuge à l'ombre des rameaux
Dont les bourgeons font naître un défilé d'insectes.

C'est le temps des dégâts si chers aux architectes
Qu'appellent au secours les glissantes maisons.
C'est le temps des états qui pressent les collectes
Des impôts impayés des trois autres saisons.
170
Un coup de foudre ébranle les quatre horizons :
Le barrage a cédé aux glaces en débâcle.
Les policiers montés vident jusqu'aux prisons.
Il n'est rien dans le val que le courant ne racle.

Comme un fleuve gelé suit son cours un oracle
Rien ne sert ni la peur ni l'espoir trop pressant.
Oh non notre printemps n'est pas un beau spectacle,
Mais que vaut la beauté sans souffle caressant?
171
Pourquoi donc quand je vais passant
Et que d'un rien je m'émerveille,
Faut-il que de son oeil blessant
La ville entière me surveille?

Les faux problèmes que Corneille
Mit dans la tête des héros
Qu'en un lycée on ensommeille,
Et puis qu'on nimbe de zéros.
172
Les beaux atouts sous les bureaux
Que je jetais enfant prodigue.
Ma main si forte de carreaux
Contre le cœur qu'avait Rodrigue.

Mon rire qui faisait la figue,
Pendant le jet secret d'un as,
À ce western de vile intrigue
Tragique ainsi que l'est Dallas.
173
Le prétendant à la high-class
Qui sacrifia l'amour au crime.
L'amour sordide qui hélas
L'aimait toujours d'amour de frime.

Faut-il courir droit vers l'abîme
À la poursuite d'une peau,
Ou bien la pendre d'une cime
Pour qu'y triomphe son drapeau?
174
Moi je ne risquerais ma peau
Ni pour la peau ni la bravade :
La vanité a un drapeau
Enfin pendu au mât du stade.

Faut-il laisser l'amour en rade
Pour te quérir sur les sommets,
Ou bien trahir un camarade
Pour un amour que tu promets?
175
Dans mes devoirs je m'alarmais
Face à un choix si ridicule,
Mais c'est exprès que je remets
Le blanc zéro de ton infule.

Si le désir s'accroît quand l'effet se recule,
C'est de meurtres à froid et de viols qu'il s'accroît,
Quand recule l'effet de l'amour qu'il oscule,
Ô héros cornélien que tragédien l'on croit.
176
Loin de cette cité où s'achète le droit
De survivre à la faim par la mort de tristesse,
Guide-moi sans retour par le chemin étroit
Jusqu'à l'eau de lessive où sans regret je laisse

Et toute forme de promesse
De vaincre avant d'avoir vécu,
Et tout alliance charmeresse
Qu'offre au vainqueur plus d'un vaincu.
177
Qui vainc avant d'avoir vécu
Et eu la main d'une barbare,
Est presque sûr d'être cocu
Sitôt en chute comme Icare.

Tombe le mur qui nous sépare,
Et la victoire de l'amour.
C'est l'amour même qui prépare
La catastrophe du grand jour.
178
Ah, que le soir du grand amour
Ne fasse qu'un avec le terme
Du plan que Rose Luxembourg
Vit comme Rose encore en germe.

Ah que ma graine éclate et ferme
Le faux débat sans solution,
Quand frémira mon épiderme
Au feu de la révolution.
179
Unis ton corps à ma mission
Face à l'église léthargique.
Sonné l'accord de solution,
Fais un strip-tease démagogique.

Voilà le noble choix tragique :
Nouer un impossible lien.
Vouloir le dénouer n'est choix que stratégique.
Vain cœur a le vainqueur d'un drame cornélien.
180
L'art du grand siècle ne fit rien
De bien génial pour notre langue,
Car seul un cri dinosaurien
Pouvait s'entendre sous sa gangue.

Chantons la sève d'une mangue
Qui se déverse sous les crocs,
Et le voilier qui vogue et tangue
Contre le vent des vrais haros.
181
Chantons l'honneur du cœur trop gros
Qui à bien étudier s'échine
Et que derrière les barreaux
On admettra en médecine.

La peccadille que Racine
Crut bon vêtir de hauts remords.
Le dénouement que je machine
Pour fracasser tous les records.
182
Laisse crier mille sabords
Dont n'eût jamais rêvé Thésée.
Laisse venir jusqu'à tes bords
Ton écriture malaisée.

Ne laisse pas dans un musée
Cette demande sans emploi
Où je te dis que ma fusée
Est prête à éclater en toi.
183
Fais que le monde reste coi
Quand cette lettre va paraître.
Ne sous-estime pas ma foi
En notre étoile à faire naître.

Hélas peu veulent reconnaître
Le bien-fondé de la douceur
Du soir qui brille à la fenêtre
Ouverte à toi ô âme-sœur.
184
Rien ne pourra plus le censeur
Ni son virus qui nous empeste
Quand ma missive au ton noceur
Me reviendra chanson de geste.

Fais orchestrer en manifeste
Notre accord de résolution.
Unissons par un bel inceste
L'amour et la révolution.
185
Donne à mon vœu de relation
Le but le plus inaccessible,
À mon missile en érection
L'ordre du monde entier pour cible.

Du texte même de la Bible
Rien ne pourra plus le verrou
Quand mon rosâtre submersible
Ressortira tout noir du trou.
186
Mon mot peut-il lever l'écrou
De la prison qui nous sépare,
Et le rideau dont le froufrou
Parle du jeu qui se prépare?

Le ciel qui fit tomber Icare
Me proposa son raccourci,
Mais, puisque tu m'as crié gare,
J'écris la lettre que voici.
187
Car à quoi bon s'aimer ainsi
Derrière le rideau opaque?
Un grand amour n'est réussi
Que s'il fait face à une claque.

Non je n'ai pas un cœur qui craque
Et par erreur mène aux arrêts.
Pour que s'expose la matraque
Cette passion s'écrit exprès.
188
Mes numéros sont presque prêts :
J'attends que tu nous déshabilles.
J'ai tant et tant couru après
Une âme dans ce jeu de quilles.

L'auteur qui n'ouvre pas les grilles
De la prison du vrai terrien
S'accusera de peccadilles
Dans un palais trop aérien.
189
L'art du grand siècle ne fit rien
De bien génial pour notre langue,
Car seul le cri prolétarien
Plus tard en a brisé la gangue.

Rends le tragique à cette langue
Dont le sommet ne donne à voir
Que cette pièce où Phèdre tangue
Et meurt au nom d'un faux devoir.
190
Comment dans tout son plat ne voir
Un concerto pour gargarisme
Quand on prépare le Grand Soir
De la fin du capitalisme.

Au clair du sombre cataclysme
Montre le vide de ses torts.
Seule sa foi au jansénisme
Méritait bien ses longs remords.
191
Ma prose aux mots beaucoup trop forts
Que chacun veut que je réfrène
Et que je tourne en mauvais sorts
Au fil des perles que j'égrène.

Les bords paisibles de Trézène
Où Phèdre se donna la mort.
Ma confession de schizophrène
Qu'on y lira au bar du port.
192
Fais lire au monde ce rapport
Que je t'adresse ô Erzulie.
C'est à une autre que d'abord
Je crus bon dire ma folie.

Ma plume est bien trop mal polie
Pour dire plus que le début
Du dessein grave qui me lie
Plus que jamais au même but.
193
Ton mauvais sort mit au rebut
Mon exercice d'écriture.
Le monde, ayant un peu trop bu,
Prit le papier pour une ordure.

D'autres qui firent sa lecture
Jugèrent mon cerveau détruit.
J'ai cru que même la nature
Voulait en étouffer le bruit.
194
Je fus plus triste qu'un long fruit
Abandonné par la mévente
Et qui se tourne vers la nuit
Pour que le cueille la tourmente.

J'eus le désir de l'imminente
Caresse d'une autre âme-sœur
Dont j'avais cru pourtant la pente
Moins inclinée à ma douceur.
195
Mais là dans toute sa noirceur
J'allais lui dire ma pensée
En comptant sur l'effet berceur
D'une écriture cadencée.

Jour après jour une brassée
De deux ou trois quatrains d'espoir :
Au bout de la marche forcée,
Le ciel brûlait dans le Grand Soir.
196
À ce présage du Grand Soir,
Par ce mot je finis ma lettre.
C'était le point de mon devoir :
Cent strophes prêtes à remettre.

Même un trotskiste n'ose mettre
Une expression d'un tel aloi.
Qui donc au pied de cette lettre
Accepterait l'offre d'emploi?
197
À faire avec, selon la loi,
Un juif pour compagnon de route.
Quel ne fut pas mon grand émoi
Quand il survint pour mon écoute?

Symbole de la banqueroute
Je mets en rut ses désaccords.
Mais de cette œuvre il n'a nul doute
Qu'elle fracasse les records.
198
Bien peu m'importent les grands torts
De sa vie intellectuelle :
Il a le plus beau des trésors
Pour m'épauler en ta ruelle.

Sa dynamite sexuelle
Ferait sauter le monde entier,
Et cette force est très cruelle
Quand elle cherche son métier.
199
Fais-moi entrer en ton mortier
Pour voler contre toute norme.
Fais-moi nommer Grand émeutier
Du monde que l'on désinforme.

Des fois qu'il taxerait d'énorme
Mon amoureuse prétention,
Dis-lui la due et bonne forme
Dont j'en ai eu confirmation.
200
J'ai dit le feu de ma passion
Encore à Jeanne la Lorraine.
Je lui fis cette confession
Dont elle dit « C'est pas la peine

D'écrire ainsi à perdre haleine
À qui déjà chante en accord » :
Ma confession de schizophrène
Qui pour ton sud perdrait le nord.


201
Le mot venu à ton bon port
Dans ma bouteille de détresse,
Et dont peut-être le seul tort
Était son trop plein d'allégresse.

Les grands desseins de ma jeunesse :
Des plans pour d'autres Brasilia,
Où je dessine une négresse
En larmes sous les magnolias.
202
La marguerite qui me lia
De tel en tel plan de carrière,
Ton doigt cruel qui l'exfolia
Toutes les fois sauf la dernière.

Ma foi qui brille à la lumière
Parmi les souches tout autour
Des plans que fit ma tête fière
Mais qui dit oui à notre amour.
203
Mes plans étaient ceux d'une tour
Contre l'orage qui guerroie,
Mais c'est de l'astre du grand jour
Que vient l'éclair qui la foudroie.

Vois-en la ruine qui poudroie
Dans l'angle de mon vieux bureau!
Vois-y comme un cheval de Troie
Un dessin digne du tarot.
204
Quand je le fis j'étais faraud,
Fier de la note des adultes.
Fais-la changer pour un zéro.
Le talent mûr ne vaut qu'insultes.

Image est-il chère aux occultes
Ne nous faisant dormir debout?
Je crois pourtant que tu exultes
À ce présage de bon goût.


205
J'ai laissé couler à l'égout
La crème des jeunes années.
J'ai vécu comme un marabout
Quand les amours étaient données.

À cette époque où les mieux nées
Faisaient des trous dans leurs manteaux,
Pour d'irréelles dulcinées
Je dessinais de grands châteaux.
206
Pour les motifs ornementaux
J'usais mes yeux dans quelque archive.
Je recopiais des chapiteaux
Que l'apocalypse enjolive.

Dans la chapelle à flèche ogive
Viendrait ma mie en grand charroi
Et je l'y retiendrais captive
Comme une reine un puissant roi.
207
Nous coucherions sous un beffroi
Décoré d'ombres pétrifiées,
Laides à mettre en grand effroi
La foule aux ailes atrophiées.

Mes amours vertes sacrifiées
Ne l'étaient-elles sur l'autel
Des cathédrales fortifiées
Par la noirceur de mon pastel?
208
Car quand l'église ou le castel
Était construit sur mon épure,
Il me fallait le peindre tel
Qu'ensuite en ruine on le figure.

Je défonçais la voûte obscure
De mon chef d'œuvre sans pareil
Pour y laisser comme un augure
Couler la liane et le soleil.
209
Qui donc avait chu de sommeil
Dans ma superbe forteresse?
À qui le bris de l'appareil
Pouvait seul rendre l'allégresse?

Dans le logis de la prêtresse
De mon premier rêve d'amour
Me fit pleurer une négresse
À qui ne plaît que le grand jour.
210
Ignoble avait été ma cour
Mais quand ma foi serait correcte,
Rendez-vous sur une autre tour
Dont je ne suis pas l'architecte.

Dans mon fourbi quand je détecte
Un autre vieux cahier Gallia,
Je crois voir l'œuvre d'un insecte :
Des plans pour d'autres Brasilia.
211
Vois l'hôpital où on me lia
Pour mon humeur trop peu infecte.
J'y pense au sire qui rallia
L'Allemagne en sa triste secte.

Mon long désir d'être architecte
À l'égal de le Corbusier,
Ce nom qui plus ne me délecte
Et sonne creux dans mon gosier.
212
Délivre-moi de ce casier
Où j'ai voulu loger le monde.
Mon plan n'est plus qu'un obusier
Pour démolir tout à la ronde!

Dans ma cellule très profonde
Je cogne en vain contre le mur.
Que veux-tu que je lui réponde?
Mon nom y brille dans le dur.
213
Le seul tableau dont je sois sûr
Qu'il n'est pas de ma main de traître
Est le petit carré d'azur
Que j'aperçois par la fenêtre.

J'ai cru la faire disparaître
Pour satisfaire au goût du jour,
Mais je me suis dit que peut-être
Viendrait le goût d'un autre jour.
214
En voulant peindre ton amour,
J'ai cru entendre le message
D'un rendez-vous sur une tour
De Manhattan un soir de rage.

J'ai mis et mis la même plage
Du même disque à ressasser,
Imaginant le beau dommage
De mon record à tout casser.
215
J'ai cherché à me dépasser
Dans ton amour à perdre haleine,
Mais je me suis fait ramasser
Par le premier courant de haine.

J'ai cru que cette cantilène
Ferait pleurer comme un oignon :
Plus je me suis donné de peine
Plus j'ai ragé sous le guignon.
216
Ta grosse pomme est un trognon
Dont les pépins sont la promesse.
Ma route est un Pont d'Avignon
Où reste à faire une kermesse.

Qu'est-ce qui passe la détresse
Au pied du mur d'un gratte-ciel
Dont on traça dans sa jeunesse
Un plan semblable et démentiel?
217
Comment du monde artificiel
Avoir la grâce de me plaindre
Quand on a fait le logiciel
Du monstre que l'on n'a su craindre?

Il me reste plus qu'à peindre
La carte de mes sombres vœux
Car il n'est rien qui puisse éteindre
Cette rivière aux mille feux.
218
Cette prière aux mille aveux
Qui comme un long collier s'étale
Au nez des porcs rendus nerveux
À la lecture du scandale :

La jérémiade de Dédale
Qui cherche à prendre son élan
Du toit de la prison centrale
Dont il a bien tracé le plan.
219
L'homme qui pour un chèque en blanc
Fit le logis du Minotaure
Et qui en fait un lourd bilan
Dès que sa paye s'évapore.

Le jeune prêtre qui adore
L'idole du plus dur aloi.
Les holocaustes qu'il déplore
Dès qu'il n'a plus espoir d'emploi.
220
La peur qui clame après la loi
Que trop d'orgueil avait enfreinte.
Le cœur qui rêve de la foi
Que l'humour noir avait éteinte.

La terre entière sous l'étreinte
Des canons de Le Corbusier
Et qui n'est plus qu'un Labyrinthe
À canonner à l'obusier.


221
Pour préparer le grand brasier
Qu'en cette terre je contemple,
Je veux germer dans le bousier
Du chaud pays qui me ressemble.

La projection d'un grand ensemble
Dont j'ai fait rêve sur papier.
La rage envers moi dont je tremble
À voir pousser le vrai clapier.
222
J'aurai beau de mon mieux m'épier
Quand je m'habille et je me farde,
Jamais je ne saurai copier
La bonne mine banlieusarde.

Le haut savoir dont je me barde
N'aura servi qu'à mieux bâtir
Le citadelle qui me garde
Et qui m'empêche de partir.
223
Emporté par ton premier tir
Qui brisera la forteresse,
Je veux la grâce d'aboutir
Dans le haut lieu de ta détresse.

Dans l'île qui fut charmeresse
Où l'argent a tout récolté,
Je veux entendre ta prêtresse
Parler au peuple révolté :
224
« Par le Bon Dieu qu'a exalté
Ce porc offert en sacrifice,
Le sol ne fut pas asphalté
Mais plutôt couvert d'immondice.

C'est non ainsi qu'un édifice
Qu'il nous a fait luire son ciel,
Mais tout comme un feu d'artifice
Perpétuel et démentiel.
225
Dans un accès caractériel
Il nous fait voir sa juste rage,
Quand dans son ciel artificiel
Le Blanc se prend pour un grand sage,

C'est ainsi qu'il a fait l'orage
Qui nous rassemble en cette nuit.
Son œil dur juge notre ouvrage
Du haut du bel éclair qui luit.
226
Il voit aussi ce qu'ont construit
Les Blancs depuis leur haute cime.
L'autre Bon Dieu qui les instruit
Ne cesse d'exiger le crime!

Le Dieu qui tonne en notre abîme
Exige plutôt les bienfaits.
Par son tambour et par sa rime
Nous ferons fuir tous leurs préfets.
227
Pour que finissent leurs méfaits,
Pour que se dressent nos échines,
Pour que nos actes soient parfaits,
Mettons en pièces leurs machines.

C'est non leurs lourdes médecines
Qui fait leur art qui nous confond,
Mais le produit de leurs rapines
Que chez chacun de nous ils font.
228
Pour que de leur enfer profond
Soient libérés tous nos cœurs ivres,
Dans leurs espoirs qui se défont,
Mettons le feu à tous leurs livres.

Quand nous saurons sonner les cuivres
Avec les anges triomphants,
Nous reprendrons enfin nos vivres
À ceux qui semblent éléphants.
229
Pour que nos malheureux enfants
Ne crèvent plus dans leurs écoles,
Faisons ce que tu leurs défends,
Mettons par terre leurs idoles.

Par nos ambitions les plus folles
À déblayer notre terrain,
S'élèvera de nos rigoles
Un temple plus dur que l'airain.»
230
Je veux pouvoir dire au parrain
De la mafia de l'édifice
Que le haut cri de mon chagrin
Aura raison de son office.

Sur ce métier de haute lisse
Qui semble bien à tort pompier,
Je mets en vers un sacrifice
Propre à détruire tout clapier.
231
Mes ans passés à recopier
Tant de buildings en enfilade,
Du haut desquels enfin épier
La bête immonde en promenade.

Végétation d'un cœur malade
Qui a poussé en vrai ciment
Et qu'il faut moudre en marmelade
Pour faire son médicament.
232
Quand dans un morne monument
On croit trouver gloire et refuge;
Quand chacun traite de dément
Le chantre de l'esprit qui gruge;

Quand on tisse en fibre ignifuge
La camisole de nos cœurs,
Fais que j'implore ton déluge
En concerto pour mes beaux pleurs.
233
Quand du triomphe des voleurs
Plus nul ne geint ni se désole,
Des noirs nuages en choux-fleurs
Vient ton eau vive qui console.

Quand dans sa tour chacun s'isole
De la misère qui s'étend,
Le tour de ville en ta gondole
Seul me rendra le cœur content.
234
Quand devant le vieux dégoûtant
Qu'on dit qu'il faut que je tolère,
Chacun sans trêve se détend
De peur de montrer sa colère,

Quand dans la crainte de déplaire
Chacun défend son double jeu,
De mon œil qui soudain s'éclaire
Transmets au monde tout le feu.
235
Quand on craint que le moindre aveu
Ne transmette une maladie,
Dans un grenier brûle un cheveu
Pour déclencher ton incendie.

Quand c'est en vain qu'on se dédie
À fleurir en mauvais terrain,
Ton explosion que j'étudie
Peut seule me garder serein.
236
Sachons briser la loi d'airain
Qui nous tient ferme dans ses serres.
Parfois le chant d'un doux refrain
Exige de terribles guerres.

Pour avoir pris trop de tes verres,
Me voilà mis sur un gros pieu
Dans l'ordre des paratonnerres
De la colère du Bon Dieu.
237
Lorsque j'aurai repris du mieux
Au bout de ma présente angoisse,
Emmène-moi dans ton haut lieu
Où l'amour pousse dans la poisse.

Fais que m'admette en sa paroisse
Ta douce religion de nuit
Pour que depuis ton sol je croisse
Et donne au monde un bon produit.
238
Au son de ton éclair qui luit
Fais-moi chanter cette ballade
En entendant laquelle fuit
Tout architecte au cœur malade.

Si le faubourg de Marmelade
Reprend du mieux en son scorbut,
C'est qu'il renonce à tout haut grade :
Ta joie y reste le seul but.
239
Quand dans la fange et le rebut
L'enfant quand même s'émerveille,
Ta terreur n'est que le début
D'une sagesse sans pareille.

J'entends rugir dans mon oreille
Ton peuple si longtemps criblé.
La bête qui tant le surveille
N'a pas du tout en vain tremblé.
240
Son rire qu'elle a tant troublé
Par tous ses ordres de produire
Fera du monde rassemblé
Une chaudière pour la cuire.

Quand de ta rage de détruire
Le bâtisseur devient l'amant,
En pierres que le ciel fait luire
Il fait pousser un monument.
241
Fais que des cris sourds du tourment
Du monde auquel mon cœur résonne
Monte au ciel le commandement
Pour que la belle saison tonne!

La peau des jeunes que bourgeonne
La chaude haleine de la nuit.
Les drapeaux noirs de la Sorbonne
Au mois de mai de soixante-huit.
242
Les défilés faisaient un bruit
À renverser toute la France.
Mon rêve allait être détruit,
Non du Grand Soir mon espérance.

Chiffre pour moi de bonne chance,
C'était ma fête de treize ans.
Aucune depuis lors je pense
Ne m'a valu plus beaux présents.
243
Quand au noyau de partisans
Se joignit plus d'une fabrique,
Les journalistes méprisants
Parlèrent d'illusion lyrique.

Mais dès qu'on sut qu'en Amérique
Les lycéens hurlaient aussi,
La banlieue ouest fut hystérique,
La grève alla jusqu'à Passy.
244
Sur les réclames Chambourcy
Le monde avait pris la parole.
Paris sentait bon le roussi.
Chacun marchait sous banderole.

Dany avait au Pont d'Arcole
Sa grande armée aux jeans lavés.
On entendait la Carmagnole
Même aux plus gris postes privés.
245
Des barricades de pavés
Se construisaient en farandole.
Même les pions s'étaient sauvés
Quand il fallut fermer l'école.

Sur le trottoir de l'herbe folle
Entourait les taxis stoppés :
Il ne coulait plus de pétrole,
Les réservoirs étaient coupés.
246
Les filles des quartiers huppés
Parlaient de destruction sauvage
Aux prolétaires occupés
À mettre en lois le Nouvel-Âge.

C'est quand sous les pavés la plage
S'effeuille comme une houri
Que l'esprit perce et se dégage
Du piège de l'amphigouri.
247
Est-il époque où n'ait souri
Comme une ivresse de genièvre
L'espoir que l'ordre ancien pourri
Meure un grand soir d'un coup de fièvre?

Comme l'élan trop court d'un lièvre
Fut la chaleur du mois de mai,
Mais comme un arbre par un bièvre
Mon cœur était bien entamé.
248
Si vite qu'il s'est allumé,
L'écran d'azur redevient tôle.
Le dessin trop bien animé
Rend l'onde au président de Gaulle.

La police a repris contrôle
Du donjon de l'ORTF.
Chacun sait monté dans sa piaule
La fin de l'intermède bref.
249
Tel chef accuse un autre chef
De la magouille la plus crasse.
L'argent reprend l'aéronef.
Chacun reprend d'instinct sa place.

Devant l'arc un million se masse,
Claironné le rassemblement.
Un train de camions-pompes passe
Avec l'essence en tremblement.
250
Le matin en remerciement
Les klaxons viennent faire halte.
Sur l'herbe coule le ciment.
Les pavés font place à l'asphalte.

C'est quand sur les pavés l'asphalte
Fait du matin une autre nuit
Que l'esprit, comme un preux de Malte,
Cherche la bête qui conduit.
251
Nous avons bien dansé au bruit
D'un grand ballet contestataire
Faute d'y voir le dernier fruit
D'un marécage délétère.

Le surf sur vague de colère
Du bateau ivre où je cinglais.
Mon mal de m'être laissé faire
Mousse au service des Anglais.
252
Quand dans ma tête je jonglais
Avec des plans de fin du monde,
C'était mon cœur que je réglais
Sans le savoir sur une autre onde.

Si la foule a dansé la fronde,
C'était au bruit subliminal
De cette même source immonde
Qui la tient coite en temps normal.
253
La transe du corps animal
Nous fait croire à la pentecôte
Quand il fait beau sur le canal
Que tient en mains la chambre haute.

Et qui sait même si la faute
Au ciel un mois durant clément
N'échoit à quelque aéronaute
Manœuvrant nul ne sait comment?
254
La scène du chambardement
Était jouée à partir de Londres
À qui de Gaulle à ce moment
Avait des comptes dont répondre

Il avait cru bon de refondre
L'ordre du monde financier,
Mais quand il vit la France fondre
Il lui fallut se licencier.
255
Un autre coup de balancier
Qu'il paya de son équilibre
Fut d'avoir comme vacancier
Crié « Vive le Québec libre!».

Tout la foi d'un Québec vibre
Au cri de cette nuit d'été.
Mais tel n'est pas le gros calibre
Du coup de gueule ainsi porté.
256
On ne l'avait pas invité
Pendant la guerre à un champagne
Où il fut question d'un traité
Laissant la France à l'Allemagne.

Pour faire de la France un bagne
Un seul pays vendit son bec,
Un pays qu'on dit de Cocagne
Qui tint conférence à Québec.
257
De Gaulle sut répliquer sec
Un quart de siècle après l'injure.
La vérité va peu avec
Le peuple en fête qu'on figure.

Je ne fais pas de sinécure
Pour les marchands de songes creux.
La marque de l'espoir qui dure
Est le gros caractère hébreux.
258
Les meilleurs vœux des plus nombreux
Dont le métier est la pensée
Couvrent les ordres ténébreux
Dont la terre est manigancée.

La classe la plus avancée
Indique aussi bien qu'un compas
Le sens contraire à la lancée
Du monde qu'elle ne voit pas.
259
Le vrai Québec n'est surtout pas
Le peuple que son nom excite,
Mais l'autre qui veut le trépas
De tout poète qui l'habite.

Soixante-huit fut le réussite
Des grands vengeurs de feu Pétain
Et non l'échec du néophyte
Qui crut de Gaulle un vieux crétin
260
L'ivresse du Quartier Latin
À Montréal comme à Paname
M'a pris ainsi qu'une catin
Avec pourtant du feu dans l'âme.

J'ai mis ainsi ta lente flamme
À ma radio que je réglais
Sur le concert de la réclame
Que sous-diffusent les Anglais.
261
Les plans radieux dont je jonglais
Pour dissiper la loi blafarde
Quand peu à peu je m'étranglais
Avec les mots que je hasarde.

Ce pays où l'arrière-garde
Du monde entier s'en vient pourrir.
Hubert Aquin dans sa mansarde
Cherchant des causes pour mourir.
262
Qui a en tête de courir
Après le cœur d'un pays vide
N'aura bientôt pour se nourrir
Que des invites au suicide.

Le Canada n'a l'air stupide
Que pour cacher à l'étranger
Jusqu'à quel point sera morbide
Sa magie en train d'émerger.
263
Ne me permets plus d'exiger
L'oreille sourde qu'il refuse.
Entraîne-moi à m'ériger
Dans le mal même qu'il accuse.

Pour m'extirper de sa méduse
Je ne veux plus fuir à Paris.
Je veux te louanger, ma muse,
Chez toi parmi tes beaux débris.
264
Pour se réfugier du mépris
À rien ne sert d'envier la crème.
Il est plus digne d'être épris
D'un lieu encor plus anathème.

Mon pays ce n'est pas un poème
Composé dans un champ de bleuet
Mais une bête qui blasphème
Laissant tout un chacun muet.
265
Qui autrefois s'évertuait
À fredonner un air de danse,
Chacun voyait qu'il se tuait
Sans pouvoir dire sa souffrance.

Tu m'as sauvé de l'humeur rance
Qui eut raison de Nelligan.
Fais que le feu de notre transe
Appelle ici un ouragan.
266
Il est pour faire l'arrogant
Un bout de phrase sibylline
Dont les modernes vont blaguant
Dans le confort de leur cuisine.

À voir frapper la médecine
Sur tout regard un peu trop fort,
J'en viens à croire que la mine
Qui la pleura n'avait point tort.
267
Trois ouragans frappant du Nord
L'ère moderne par surprise.
Deux ont déjà semé la mort.
L'autre ne semble encor que brise.

La bête en germe est encor prise
Dans la coquille du français.
Mais, qu'elle change de chemise,
Commenceront ses grands succès.
268
Je me souviens des longs procès
De l'immigrant et du touriste.
La liberté que je dansais
Était pour eux un chant fasciste.

Oh non le vrai Saint Jean Baptiste
N'était pas doux comme un mouton.
Il fut un digne terroriste
Jetant des sorts de son bâton.
269
Toi l'immigrant dont le haut ton
Se moque des buveurs de bière,
Entends leur joual plus baryton
Que l'Allemand de la Bavière.

Oui ta raison peut être fière
Des perles que tu nous contas.
Tu as voulu à part entière
Le mal que tu nous imputas.
270
Quand pour l'anglais que tu chantas
Sera maudite sa parlure,
Le plus terrible des états
Sera sorti de sa pelure.

Sitôt détruite la parure
Du rêve que tu fis mourir,
L'horreur prendra dans sa voiture
Ton cœur venu ici pourrir.
271
Le jeune qui pour se nourrir
Des rêves que son peuple avorte
Va comme un vieux bientôt courir
Un grand danger pour son aorte.

Les camemberts que l'on importe
Pour exposer sur les buffets
Et en tuer la fleur trop forte
Pour épargner les nez peu faits.
272
Pourquoi les vœux les plus parfaits
Que l'on prononce pour la vie
Sont-ils ici toujours défaits
Par les richesses de l'envie?

Où va ma barque qui dévie
Vu que l'on tord tous nos compas?
À quelle guerre l'on convie
Les acheteurs de nos appas?
273
Pourquoi ces vins et ces repas
À nos grands frais venus de France?
Pourquoi toujours tous ces faux pas
Pour différer la délivrance?

Pourquoi ces primes d'assurance
Contre tout vent de liberté?
Pourquoi ce monde qui la pense
Un quelconque article importé?
274
Pourquoi ce bien trop court été
Que l'on chanta le temps d'un songe
Avant de le voir arrêté
Par ce harnais qu'en vain l'on ronge?

Pourquoi ce peuple qui s'allonge
Face au plus vil gangster défiant
Et que le ton d'un gros mensonge
Rend à nouveau sitôt confiant?
275
Sous son discours de déficient
Qu'on dit descendre de l'Église
Il cache son mauvais escient
Pour mieux nous prendre par surprise.

Le banlieusard s'y gargarise
D'un art de vivre supérieur.
Le monstre qui nous paralyse
Lui est en fait bien intérieur.
276
Dès qu'un regard un peu meilleur
Veut y tenter une amourette,
Un grand silence mitrailleur
Le fait sitôt battre en retraite.

C'est une dame qui regrette
D'être la fleur dont je jonglais.
C'est bien la vieille foi secrète
D'un jour ne plus parler qu'anglais.
277

jeudi, octobre 26, 2006

Culture Haïtienne dans le monde La génération Yo(eChasimbi)

La notion de Métissage

La littérature Haïtienne en parle, en bien, en mal, objectivement ou subjectivement. La revanche du noir, la réadaptation philosophique du mulâtre, la rééducation du blanc.
Mais aujourd'hui, maintenant se rejoue la mixtus originel de St-Domingue, au cotoiement des races qui peuplent l'Amérique du Nord. Pour les jeunes d'origines haïtiennes à Montréal, New York, Miami, la génération "Yo", le mixtus sanguin reprend de l'allant mais les stygmates du blanc sur le noir ne font plus peur. Yo man, c'est Wiclef Jean qui entraine dans son sillon des millions de jeunes blancs tout comme de jeunes tout court pour ne pas dire d'origine Haïtienne.
Évidemment le propos est de constater cette mutation et d'ouvrir la réflexion .

Quelques pistes de réflexions:
Yves Chemla


http://homepage.mac.com/chemla/fic_doc/syrenn.html

Google Lilas Desquiron

samedi, octobre 21, 2006

Art Musique Classique Haïtienne Vaudou (eChasimbi)


La mythologie du vaudou haïtien

Importé d’Afrique par les esclaves, le culte vaudou s’adresse à des figures divines, qui ont nom lwa (mot sans doute issu du nigérian odua, «seigneurs»), zanj (anges), mistè (invisibles mystères), danti (anciens, sages), ou encore, proses collectivement, guinen. Il s’agit d’ancêtres divinisés dont les noms, les apparences, les comportements reprennent ceux des principales ethnies qui ont composé la nation haïtienne, en les magnifiant au niveau archétypal. Ces figures transcendantes qui régissent les grands domaines de la nature ou de la vie humaine correspondent à des couches psychologiques inconscientes, à des réserves profondes d’énergie spécifiques aux fidèles ou au groupe. Le rôle des rituels est précisément d’y livrer accès.

Dans le temple vaudou, la maison des dieux (Bientôt l'audio de l'Opéra Ezili sur (eChasimbi)

L’ounfò, ou maison des dieux, est le lieu de culte de la congrégation et le lieu de travail de l’oungan (prêtre) ou de la manbo (prêtresse). Outre un péristyle, avec un poteau central (ou potomitan) et des piliers cardinaux (ou potokwen), il comprend des bagi (ou chambres sacrées pour les dieux) et un djévò pour l’initiation. On trouve dans les proches environs le granbwa (bosquet sacré), la source sacrée, le cimetière, la forge d’Ogou, la croix de Baron et les arbres reposoirs.

La médecine sacrée

En cas d’accident de santé, les Haïtiens commencent par recourir à la médecine familiale, aux services d’un spécialiste local de médecine naturelle ou traditionnelle, ou d’un médecin de la ville. La maladie est-elle inexplicable, refuse-t-elle de guérir malgré tous les soins, est-elle survenue dans un contexte de conflit et de menaces, s’agit-il de troubles psychiques ? Si l’on soupçonne qu’elle est, non pas naturelle, mais de nature mystique, qu’elle a pour cause une opération malfaisante ou magique, ou bien une dysharmonie entre les lwa et les fidèles ou leur famille, il y a lieu alors de consulter un spécialiste de médecine sacrée : oungan, manbo, ganga, bòkò, etc.

Une année liturgique

Le cycle des ancêtres, à l’équinoxe d’automne, avec la fête de Notre-Dame-de-la-Merci, la cérémonie de Coucher des ignames et le festival des guede 47, marque le recommencement de l’année civile aussi, en Haïti, le 1er janvier (jour de l’Indépendance, naissance de la nouvelles nation) est immédiatement suivi du jour des Ancêtres (le 2 janvier). Tous ces rituels religieux viennent s’ajouter, dans l’année d’un vaudouisant, à ceux accomplis à l’occasion des grands pèlerinages.

Danse, musique et possession

Le vaudou attire et repousse à la fois. Danses, musiques, couleurs, parfums, boissons et fêtes : il séduit et flatte les sensibilités par tout ce qu’il utilise dans son approche du sucré et que les religions occidentales ont perdu en chemin. Mais, par ailleurs, les possessions religieuses et la transe inquiètent, inspirant la crainte car elles mettent en jeu les forces de l’inconscient, l’incontrôlable par excellence.
Le vaudou dans l’espace religieux Haïtien

Le statut singulier du vaudou en Haïti tient à ce qu’il est la seul religion à être née sur le sol et à s’être développée en même temps et dans les mêmes conditions que la population, à partir de la rencontre d’Indiens, d’européens et de Noirs arrachés à de multiples ethnies. L’héritage vaudou, africain en substance, garde, à des degrés divers, des traces de ses origines multiculturelles.
En savoir plus:

Art Peinture Peintres (eChasimbi)

Vous êtes cordialement invités
au vernissage de l’artiste peintre/sculpteur
Aniocles Grégoire
Le 4 novembre 2006, 19h00
à la galerie d’art
L’Ajoupa de Coriolan
6011 Avenue du Parc
Montréal
514-341-6327, 514-276-5756
Du 4 au 30 novembre 2006
Aidez-nous à promouvoir l’art haïtien et québécois
Leçons disponibles: peinture , musique
EXPOSITION

Peintres haïtiens du Québec(eChasimbi)

Maxon Charlier une peinture plaisante.agréable, un plaisr pour les yeux. Nous l'attendons avec impatience. En effet il sera à Montréal en Novembre. nous espérons avoir le plaisir de converser avec lui sur son approche picturale. L'entretien sera blogué comme il se doit.

vendredi, octobre 20, 2006

Profil (eChasimbi)


Chasimbi se prend au sérieux! Mais c'est pas sérieux!

Chasimbi La chronique de Rolandlapanique (eChasimbi)

rolandlapanique@gmail.com














Le retour de la conjoncture
Quelqu’un a dit en plaisantant – est-ce vraiment une boutade ? – que les hommes se partagent – entre autres – en ceux qui croient que l’Histoire est un trait, les seconds, que l’Histoire est un cercle. Les premiers pensent que l’Histoire a un sens, les seconds, qu’elle est une éternelle répétition. Depuis que l’on a décrété la fin de l’Histoire, les partisans du cercle, c’est-à-dire du continuel recommencement, semblent avoir triomphé. Ce cercle est un avatar de « l’éternel retour ». Une corde rouge court de Pythagore à Fukuyama (car la fin de l’histoire suppose un commencement et, du coup, un recommencement) et enfile un nombre infini d’auteurs dont saint Paul et Nietzsche ne sont pas les moindres. La théorie des cycles hante la conscience des romantiques de tous crins. Imaginez donc : dans un avenir implacable, nous aurons de nouveau à souffrir Duvalier, ses tortures, Fort-Dimanche, Les Jean Tassy, les Cédras, les Frank Romains, les Prosper Avril, les Régala, l’exil, le désespoir, les petits matins blêmes, les lundis où l’on doit se lever pour aller à l’école, la fin des grandes vacances, l’échec au baccalauréat, les visites chez le dentiste, encore plus terrifiantes si le dentiste en question est votre propre père, la mort, nous aurons à subir la rupture d’avec la femme ou l’homme qu’on aime, qui, de la même voix froide, nous signifiera notre congé en employant les mêmes mots, les mots mortels : « Je ressens pour toi un dégoût physique. »
Hélas, davantage que le royaume de l’éternel retour, Haïti semble être le royaume de l’immobile. Nous avons l’impression que de tout temps, les mêmes têtes paraissent aux balcons des maisons du Pouvoir. Depuis la mort de Dessalines, ce sont les mêmes qui, sous différents déguisements, se pavanent devant le peuple.
Ce n’est même plus l’éternel retour : c’est le surplace ; ce sont les mêmes qui n’ont jamais quitté les différents palais nationaux ; ce sont les mêmes qui défilent devant nous depuis toujours, en prononçant les mêmes discours et qui avec les mêmes techniques maintiennent le peuple « en dehors » : en dehors de son histoire. Le peuple haïtien n’a jamais été sujet de son histoire : d’ailleurs il n’a jamais vécu dans l’histoire, il a vécu dans les limbes d’une éternité grise. Il n’était même pas spectateur de l’histoire d’Haïti : tous les théâtres lui étaient interdits. Chaque fois qu’il a essayé d’entrer en scène, on l’a impitoyablement refoulé. Il était encore moins partie prenante de la politique : en Haïti, la politique, pendant une longue période, n’a jamais existé. Depuis le début, la politique ne s’est jamais présentée sous son vrai visage, elle a toujours mis des masques pour déambuler dans le monde : masques de la « question de couleurs », Mulâtres contre Noirs, masques linguistiques, Créole contre Français, masques religieux, vodou contre catholicisme. Bref : événementiel contre Histoire, politicaillerie contre Politique. C’était le règne de la conjoncture, qui prenait la place de l’histoire, comme parfois la technique prend la place de la science. La politique était le résultat non de mouvements économiques et d’élans sociaux profonds, mais de conciliabules de couloirs entre les barons du système : « Tu me donnes le département du Nord, et tu as le ministère des affaires étrangères. On fait l’affaire ? » C’était le temps des grands électeurs.
En 1986, le peuple a essayé d’entrer sur la scène, et, du coup, la politique a enlevé ses voiles. Désormais, elle se construit, comme dirait Hegel, « sur son propre fonds ». L’Histoire tient la main à la politique et se révèle. En 1991, le peuple s’est investi dans les élections et, pour la première fois, a décidé du pouvoir et de l’identité de ceux qui allaient l’exercer en son nom. La raison, et non plus le mythe, allait décider des formes de la liberté et du pouvoir. Mais le coup d’État de septembre 91 a brisé net cet élan. Et l’on est retombé sous le joug de la conjoncture, des combinaisons de boudoir, des tractations de petit matin. Cela fait l’affaire de certains qui, autrement, s’ils avaient laissé la décision au milieu, c’est-à-dire aux urnes, n’auraient jamais la possibilité d’accéder aux commandes. On a renvoyé le peuple là où, d’après les barons, il n’aurait jamais dû sortir, dans sa catatonie historique. Ces messieurs qu’on dit grands pensent que la démocratie est une chose trop importante pour la confier aux démocrates, pour la confier au peuple. La bourgeoisie n’est pas contente du peuple, elle l’a démis. Bientôt, pour le dire avec les mots de Brecht, elle va élire un autre peuple.
Le peuple haïtien était engagé, de manière chaotique certes, erratique, confuse, dans un processus démocratique. On avait accepté le principe que ce qui devait commander le choix d’un nouveau gouvernement, d’un nouveau président, c’était des élections et non plus les coups de force. Ce coup d’État nous ramène à l’époque des Grands électeurs, où quelques individus puissants décidaient de tout. Cet autre coup d’État, celui de 2004, est peut-être pire que celui de 91, en ceci qu’il est démobilisateur. Les grands électeurs sont de retour. Mais il faut leur dégager le terrain occupé par ceux qu’ils présentent comme des bandits. On tue, en Haïti, mais on tue surtout les petites gens, les gens des quartiers populaires, et l’on tue beaucoup.
La conjoncture est de retour. Les grands électeurs sont de retour, regardez-les.
Le CIDIHCA présente les photos de quelques grands électeurs, de quelques barons de tous les régimes. Regardez-les bien, ce sont les mêmes qui depuis 1804 tiennent les brides du pouvoir. Ils changent souvent d’aspect : parfois ils sont mulâtres, parfois ils sont noirs. Ne vous y trompez pas : sous leurs apparences diaprées, noires, noires-noires, noires claires, claires-claires, blanches, blanches cassées, blanches-grises, blanches-blanches, blanches-noires, ce sont en réalité les mêmes séducteurs qui nous trompent ; en vérité, elles n’ont qu’une couleur : celle de leurs intêrets et du pouvoir. Mais ce sont les mêmes qui dans cette procession solennelle « portent leur tête comme des ciboires » et veulent persuader que leur parade ridicule est une marche vers l’avenir alors qu’elle n’est que du surplace, une gesticulation de clown : mais attention, ce clown, c’est Ubu, Ubu écartant l’Histoire, jouant avec les détails, l’aléatoire, mettant l’événementiel au centre de son action. Mettons-nous à l’abri : la conjoncture est de retour !





Posted by Picasa
Roland Paret
edition@cidihca.com

Extrait de Nicolas(eChasimbi)
Erzulie-Zozo, quand elle revint à Ifé, raconta, le soir même, en sirotant un verre de rhum que Liraide lui avait servi, sa rencontre avec Nicolas. Quand elle parla du membre du jeune homme, de sa taille, Agwé, dont la paresse nocturne était connue, forma le projet d’engager le prodigieux mortel pour tenir compagnie à sa femme pendant que lui, il dormirait en paix. Il se fit expliquer comment trouver Nicolas. Karigoun, qui connaissait toutes les histoires, tous les contes, toutes les légendes, qui, donc, connaissait le cœur des lwa et des hommes, prit la parole et voulut mettre Agwé en garde. « Tu ne peux mettre impunément un mortel dans le lit de ta femme… » Agwé devint rogue. « Alors comme ça, Erzulie-Zozo peut se dévergonder avec un humain, les lwa l’acceptent, moi je ne peux demander à un homme de tenir compagnie à mon épouse ?… » Erzulie ne le laissa pas terminer. « Ce n’est pas la même chose ! Moi, je n’ai aucun mépris pour les Hommes, au contraire de toi, Agwé ! Je les aime, moi ! Et puis je n’ai pas de mari, tous les hommes sont mes hommes ! Toi, tu n’accepterais pas que ta femme aille avec un lwa, ton pareil, tu ferais une scène terrible ! Nicolas n’est qu’un humain ! Pour toi, cela ne tire pas à conséquence… Ce n’est qu’un homme qui dormira dans le lit de ta femme, tandis que si c’était l’un de nous… » Karigoun parla, et il parla longtemps. Agwé haussa les épaules. Agwa, tout à coup, éleva la voix.
-- Et moi dans tout cela ? On ne peut disposer de moi comme ça ! Vous croyez que je n’ai pas mon mot à dire ? Et ma volonté ? Mon plaisir ?… Je déciderai moi-même. Je vais voir ce Nicolas…
Une semaine plus tard, une cérémonie était organisée en l’honneur d’Agwé et de sa femme à Marimbé. C’était la fête du village. On avait passé plusieurs jours à préparer les célébrations.
Les relations des habitants de Marimbé et de la mer n’ont pas toujours été bonnes. Ils reprochaient à la mer et à ses lwa, Agwé et Agwa, de ne les avoir pas protégés dans les temps anciens, quand les Blancs les avaient fait traverser les Grandes Eaux, enchaînés à fonds de cale, laisser mourir pendant la traversée, et transporter ceux qui n’étaient pas morts jusqu’ici pour être esclaves. Voum Bagola, quelques jours après l’apparition de Ifé, avait eu une conversation avec les dieux marins, et ils avaient conclu un accord : le passé serait oublié, et, désormais, Agwa et Agwé aideraient les Nègres. On avait bu beaucoup de bouteilles de rhum pour sceller l’alliance.
La cérémonie avait à peine commencé, que se manifesta Agwa ; elle ordonna de sa voix coulante de lui amener Nicolas. Le jeune homme vint, et il se demandait avec angoisse ce que Agwa pouvait bien lui vouloir : il n’avait jamais eu affaire avec la mer. Comme la plupart des habitants de Marimbé, il ne savait pas nager ! Ce n’est que plus tard, après son séjour sous l’eau, qu’il sut nager.
Quand Agwa vit Nicolas, quand elle vit qu’il avait belle apparence et belle prestance, quand, sur sa demande, il se déculotta et lui montra ce pour quoi Erzulie-Zozo se déclarait prête à abandonner sa qualité de lwa, elle prit la main du jeune homme et l’entraîna.
-- Elle n’a pas dit un mot ! Pas un seul !
On n’est pas d’accord sur le temps que passa Nicolas dans les profondeurs de la mer, prisonnier de la lwa des eaux. Lui-même ne se rappelait pas. « C’est comme si le temps s’était arrêté… », disait-il. Il se souvenait seulement d’étreintes liquides au milieu de requins féroces, d’extases lentes, d’illuminations décisives. « Vous voyez comment un corps va quand il est plongé dans l’eau ? C’est la même chose pour les sentiments et tout ce qui concerne l’âme et l’esprit, et aussi pour le temps… »
Il est certain en tout cas qu’une guerre commença à Ifé, et si Nicolas était moins aimé de Erzulie-Zozo, il était certain que la colère d’Agwé eût anéanti le pays.C’est que Agwa prenait de plus en plus plaisir à accueillir Nicolas dans son lit. Agwé ne pouvait plus du tout trouver Agwa sur son chemin. Agwa était toujours avec Nicolas. Agwé commençait à croire que les avantages que la présence du mortel apportait dans son palais et à sa tranquillité étaient neutralisés par les désavantages : ne voilà-t-il pas que Agwa s’était mise en tête de faire de Nicolas un lwa ? La déesse, pendant les courts moments où elle n’était pas avec le mortel, essayait de convaincre le Grand-Maître de hisser son amant à la dignité de lwa. Elle avait même l’audace d’entreprendre son mari et de lui démontrer l’intérêt d’avoir Nicolas à demeure. ...(à suivre)

Art Littérature (Jancy Bolté) (eChasimbi)


1-

Le goût du corossol

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Comment des êtres si semblables puissent s’avérer si différents du jour au lendemain. Un couple ayant vécu une passion de haute intensité se retrouve des étrangers, l’un pour l’autre. On ne mélange pas la papaye verte et le corossol devenu mûre.

Le pinceau a la main, il ne semblait pas se décider ni sur le choix des couleurs ni sur la géométrie du tableau. Figé comme devant une page blanche. Il régnait un silence de mort dans l’appartement. Une éternité s’était écoulée. Il essuyait les pinceaux avec un bout de tissu imbibé de solvant, les mis à sécher, recula pour regarder la toile, elle était inerte.

Il ne voulait pas se l’avouer. Il désirait la quitter. Il devait lui parler à la franche marguerite, sincèrement, en quatre yeux, sans rire. En même temps il avait peur. Pour elle et pour lui-même. Après tant d’années, une dépendance affective incontestable s’était installée comme un colimaçon doucement enroulé sous sa coquille. Dire sans médire, sans faire mal. Sans cris, sans pleurs, sans grincement de dents, le parfait divorce. La voluptueuse rupture. L’amiable. Rester amis sans y croire vraiment. Faire semblant ! Ne rien faire du tout. Laisser faire, attendre, lui laisser le dernier mot, la décision de la rupture finale. Pouvoir partir sans culpabilité aucune. Ce n’était qu’une question de temps !

Il ferait un dernier portrait d’elle, à l’huile, habillée de bleu céruléen, sa robe préférée en organdi. Au nom d’un amour qui n’était plus ce qu’il avait été. Avec un bibi fleuri comme celui qu’elle portait l’été qu’ils avaient passé dans l’île, insouciants, s’aimant passionnément, à la folie, éperdument. Les yeux dans les yeux tout le temps. Ressentir tout cela dans son être sans que le cœur aucunement ne s’alarme.

Animus, anima. Ma mie, mon esprit, mon âme, amen.

Fasciné par ses seins lourds comme des corossols, ses hanches de femmes comme peintes par Artémise, son sexe nu et gonflé sous sa robe bleue. Son nombril, sa peau cuivrée, ses sourcils épais, agressifs à souhait. Assoiffés de sexe, ils le faisaient partout. Derrière les rochers à l’abri des regards indiscrets, dans l’eau qui les caressait, rythmant leurs secousses. Dans la chambre de la petite auberge, aux murs tapissés de lilas, ils essayaient tout ce qui leur traversait l’esprit, dans un lit grinçant au moindre mouvement. Ils restaient inertes, essayant de ne pas faire de bruit comme deux adolescents qui entendent la porte du garage s’ouvrir à la commande du sésame électronique et laisser le passage à la voiture des parents qui entrent dans le garage comme un chien qui entre dans sa niche.

Les flâneries au bord de l’eau oû elle ramassait des coquillages et lui qui lançait des galets qui surfaient au-dessus du reflux des vagues à marée basse. Il comptait, un, deux, trois, quatre et criait cinq, six…oh !ah ! Il levait les bras en l’air et finissait par un ouais retentissant comme s’il venait de gagner la coupe du monde. Elle riait à gorge déployée de le voir s’amuser comme un gamin, tel que son père lui avait appris étant enfant. Ah ! Qu’ils étaient loin ces galets, cela et ceux de son enfance avec son père !

Il l’aimait au passé, et cela, c’était l’imparfait au présent. Il l’aimait sans l’aimer et il savait qu’il la quitterait sans la quitter. Il perdrait une partie de lui-même. Mais ce temps d’aimer était révolu.

Elle le savait et c’est pour cela qu’elle était sous thymoanaleptique qui lui donnait des moments d’absence tel qu’on avait l’impression pendant quelques secondes qu’elle n’était plus là.

Et lui flirtant de plus en plus avec l’alcool, tellement qu’il finissait par s’y croire marier tout de bon.

Elle, Sarah savait ce que sa réserve, son attitude, ses silences cachaient. Tous ces mystères, tous ces secrets, ces non-dits, ces sous-entendus, ces dislocations abruptes de phrases, ces regards furtifs, dissimulés, tout ce qu’ils ne disaient pas ou plus. C’était ça qui l’enquiquinait. Pas la jalousie. Mais tous ces tabous impalpables. Elle le savait ! Il le savait !


Ce que lui ne savait pas c’était qu’elle se faisait une carapace et s’apprêtait à le laisser. Pas pour un autre homme, ni pour une femme mais pour être seule avec elle-même ! Lui qui tâtait de tous les chiffons, il n’en reviendrait pas qu’on le quitte pour être avec soi !

Pourtant elle l’aimait encore. Pourquoi ces sentiments et sensations ambiguës, ambivalentes, désespérantes, exténuantes. Le dicton souffle à l’oreille des femmes, qu’une femme n’est pas une femme si elle n’a pas donné la vie, naissance à un être. Ce que le dicton ne disait pas c’était ceci « Qu’est-ce qu’une femme qui a avorté à cinq mois et demi ? ».
+
De bière en vin dans les cafés, j’apprivoise des sommes de rien que je justifie, croyant bien faire, en additionnant les rencontres, les vagues palabres, âmes des relations humaines, voulant faire le bilan de quelque chose qui pourrait bien être la vie d’une ombre qui cherche la lumière. La grisaille s’installe, le ciel dessus dessous tel un saule pleureur larmoie encore un peu, et moi tout autant. L’été passe mouillé et frais, trop frais.

Une lumière somme toute diaphane, distillée tel un rhum ambré et tamisé comme sous des tissus, ou une fumerie d’opium dans l’Indochine française, que certains appelaient le temps béni des colonies.

Sarah a dit ce qu’elle avait à dire, son angoisse, son insécurité, son blues et moi je multiplie les amantes au fond de leurs lits comme au creux de mon épaule pour m’apercevoir enfin, qu’il n’y a que cela pour répondre de mes actes de vie.

Je pourrais être assis en lotus dans un ashram en train de méditer et me sentir très bien ou être étendu sur une plage à Bali entrain de me faire dorer le lard, me faire bronzer gentiment sans faire de vagues, dormir à la belle étoile et regarder Jupiter et Saturne se faire de l’œil pendant que la lune est en scorpion, mais malheureusement ce n’est pas le cas, je suis ici, fauché, vrai religion de l’indigence, la misère noire.

Il ne fait pas beau, l’été n’a pas vraiment eu lieu, sûrement du à l’influence du volcan des Philippines, ou quelque autre phénomène cyclotimique du climat ou le réchauffement de la planète. La fonte des grands glaciers, le pôle nord coulant vers le sud.




2- Le goût du corrossol(A suivre le 4 Novembre 2006)

Chasimbi Littérature (Jancy Bolté) Corrossol

1 Le goût du corossol


Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Comment des êtres si semblables puissent s’avérer si différents du jour au lendemain. Un couple ayant vécu une passion de haute intensité se retrouve des étrangers, l’un pour l’autre. On ne mélange pas la papaye verte et le corossol devenu mûr.

Le pinceau a la main, il ne semblait pas se décider ni sur le choix des couleurs ni sur la géométrie du tableau. Figé comme devant une page blanche. Il régnait un silence de mort dans l’appartement. Une éternité s’était écoulée. Il essuyait les pinceaux avec un bout de tissu imbibé de solvant, les mis à sécher, recula pour regarder la toile, elle était inerte.

Il ne voulait pas se l’avouer. Il désirait la quitter. Il devait lui parler à la franche marguerite, sincèrement, en quatre yeux, sans rire. En même temps il avait peur. Pour elle et pour lui-même. Après tant d’années, une dépendance affective incontestable s’était installée comme un colimaçon doucement enroulé sous sa coquille. Dire sans médire, sans faire mal. Sans cris, sans pleurs, sans grincement de dents, le parfait divorce. La voluptueuse rupture. L’amiable. Rester amis sans y croire vraiment. Faire semblant ! Ne rien faire du tout. Laisser faire, attendre, lui laisser le dernier mot, la décision de la rupture finale. Pouvoir partir sans culpabilité aucune. Ce n’était qu’une question de temps !

Il ferait un dernier portrait d’elle, à l’huile, habillée de bleu céruléen, sa robe préférée en organdi. Au nom d’un amour qui n’était plus ce qu’il avait été. Avec un bibi fleuri comme celui qu’elle portait l’été qu’ils avaient passé dans l’île, insouciants, s’aimant passionnément, à la folie, éperdument. Les yeux dans les yeux tout le temps. Ressentir tout cela dans son être sans que le cœur aucunement ne s’alarme.

Animus, anima. Ma mie, mon esprit, mon âme, amen.

Fasciné par ses seins lourds comme des corossols, ses hanches de femmes comme peintes par Artémise, son sexe nu et gonflé sous sa robe bleue. Son nombril, sa peau cuivrée, ses sourcils épais, agressifs à souhait. Assoiffés de sexe, ils le faisaient partout. Derrière les rochers à l’abri des regards indiscrets, dans l’eau qui les caressait, rythmant leurs secousses. Dans la chambre de la petite auberge, aux murs tapissés de lilas, ils essayaient tout ce qui leur traversait l’esprit, dans un lit grinçant au moindre mouvement. Ils restaient inertes, essayant de ne pas faire de bruit comme deux adolescents qui entendent la porte du garage s’ouvrir à la commande du sésame électronique et laisser le passage à la voiture des parents qui entrent dans le garage comme un chien qui entre dans sa niche.

Les flâneries au bord de l’eau oû elle ramassait des coquillages et lui qui lançait des galets qui surfaient au-dessus du reflux des vagues à marée basse. Il comptait, un, deux, trois, quatre et criait cinq, six…oh !ah ! Il levait les bras en l’air et finissait par un ouais retentissant comme s’il venait de gagner la coupe du monde. Elle riait à gorge déployée de le voir s’amuser comme un gamin, tel que son père lui avait appris étant enfant. Ah ! Qu’ils étaient loin ces galets, cela et ceux de son enfance avec son père !




Il l’aimait au passé, et cela, c’était l’imparfait au présent. Il l’aimait sans l’aimer et il savait qu’il la quitterait sans la quitter. Il perdrait une partie de lui-même. Mais ce temps d’aimer était révolu.

Elle le savait et c’est pour cela qu’elle était sous thymoanaleptique qui lui donnait des moments d’absence tel qu’on avait l’impression pendant quelques secondes qu’elle n’était plus là.

Et lui flirtant de plus en plus avec l’alcool, tellement qu’il finissait par s’y croire marier tout de bon.

Elle, Sarah savait ce que sa réserve, son attitude, ses silences cachaient. Tous ces mystères, tous ces secrets, ces non-dits, ces sous-entendus, ces dislocations abruptes de phrases, ces regards furtifs, dissimulés, tout ce qu’ils ne disaient pas ou plus. C’était ça qui l’enquiquinait. Pas la jalousie. Mais tous ces tabous impalpables. Elle le savait ! Il le savait !


Ce que lui ne savait pas c’était qu’elle se faisait une carapace et s’apprêtait à le laisser. Pas pour un autre homme, ni pour une femme mais pour être seule avec elle-même ! Lui qui tâtait de tous les chiffons, il n’en reviendrait pas qu’on le quitte pour être avec soi !

Pourtant elle l’aimait encore. Pourquoi ces sentiments et sensations ambiguës, ambivalentes, désespérantes, exténuantes. Le dicton souffle à l’oreille des femmes, qu’une femme n’est pas une femme si elle n’a pas donné la vie, naissance à un être. Ce que le dicton ne disait pas c’était ceci « Qu’est-ce qu’une femme qui a avorté à cinq mois et demi ? ».
+
De bière en vin dans les cafés, j’apprivoise des sommes de rien que je justifie, croyant bien faire, en additionnant les rencontres, les vagues palabres, âmes des relations humaines, voulant faire le bilan de quelque chose qui pourrait bien être la vie d’une ombre qui cherche la lumière. La grisaille s’installe, le ciel dessus dessous tel un saule pleureur larmoie encore un peu, et moi tout autant. L’été passe mouillé et frais, trop frais.

Une lumière somme toute diaphane, distillée tel un rhum ambré et tamisé comme sous des tissus, ou une fumerie d’opium dans l’Indochine française, que certains appelaient le temps béni des colonies.

Sarah a dit ce qu’elle avait à dire, son angoisse, son insécurité, son blues et moi je multiplie les amantes au fond de leurs lits comme au creux de mon épaule pour m’apercevoir enfin, qu’il n’y a que cela pour répondre de mes actes de vie.



Je pourrais être assis en lotus dans un ashram en train de méditer et me sentir très bien ou être étendu sur une plage à Bali entrain de me faire dorer le lard, me faire bronzer gentiment sans faire de vagues, dormir à la belle étoile et regarder Jupiter et Saturne se faire de l’œil pendant que la lune est en scorpion, mais malheureusement ce n’est pas le cas, je suis ici, fauché, vrai religion de l’indigence, la misère noire.

Il ne fait pas beau, l’été n’a pas vraiment eu lieu, sûrement du à l’influence du volcan des Philippines, ou quelque autre phénomène cyclothymique du climat ou le réchauffement de la planète. La fonte des grands glaciers, le pôle nord coulant vers le sud.


2- Le goût du corrossol.(4 novembre 2006)

mercredi, octobre 18, 2006

Théâtre Haïtien Languichatte(eChasimbi)

Le 31 Mars 1942, Théodore Beaubrun représentait au Rex Théâtre sa première comédie " Languichatte se marie". Languichatte, c'est son aka choisi. Depuis ce soir là, il a conquis le public. Cette pièce fut un triomphe. Le charisme de cet acteur remarquable n'a cessée de subjuguer un public de plus en plus jeune. Théodore Beaubrun, dit Languichatte, a écrit plus de cent pieces de théâtres a succès et environ cent sketches comiques. Surnommé tour a tour " Le roi du rire" ou " Le Molière Haitien". Il est l'acteur le plus applaudi d'Haiti. Aussi il a représenté le Théâtre Haïtien a Athènes en 1957 sur l'invitation de l'Unesco. Il fut encore présent à Paris, à Madrid, à Montréal et dans plusieurs états des Etats Unis. De toutes ses oeuvres. "Les Lapins de Mme Fleuviau" et " Lavi New-York" sont les uniques pièces vidéographiées.
Mentionnons aussi "Théodore Beaubrun, candidat à la Présidence"1946
Moi, je l'ai connu enfant à la TV. Ce qu'il a pu me faire rire. C'était un des plus grands, comme Fernandel, Louis de Funès. Drôle, mais drôle, fiou, ouf! A se tordre!

Chasimbi Festival de Films


Le festival de Films sur les droits de la personne de Montréal, se remet en selle et prépare la 2ème édition(22 au 25 mars 2007), après un franc succès lors de la première mouture.
http://www.ffdpm.com/.

Voir aussi inforacisme et faites la connaissance de l'infatiguable Alix Laurent, chorégraphe de multiples projets de sensibilisation au racisme.
http://www.inforacisme.com/

Visitez Images InterCulturelles, ou comme le dit si bien Alix pour faire court "Images".
http://www.imagesnet.org/
Ne prenenez pas ma parole pour celle du St-Esprit;
Voyez aussi ce qu'en dit:Farah Wikarski
http://www.alternatives.ca/backend.php3

Chasimbi (Cinéma d'Animation en Créole)

Saviez-vous que le merveilleux film de dessins animés de Frédérik Bach."L'homme qui plantait des arbres" narré par Phillipe Noiret, existe aussi dans une version en créole avec la voix narrative d'Anthony Phelps.

...Jusqu'à la fin de ses jours, Elzéar Bouffier continuera son oeuvre anonyme, miraculeuse, qui redonnera vie à son pays...

Pour plus d'Informations www.cidihca.com Frantz Voltaire
Ce travail de titan fut effectué par Georges Castera.
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/castera.html
Site pédagogique destiné aux élèves(en Français)
http://pages.infinit.net/poibru/giono/plantait_liens.html

En passant:
Le mois du créole à Montréal, Mwa kreyòl nan Monreyal, festival chaque année en octobre.